mercredi 26 août 2009
Playdoyer pour l'entrée de la Turquie dans l'UE
mardi 25 août 2009
Sans ailes
Elle donne l'impression d'être mal dans sa peau
Elle est perdue dans elle-même, elle n'y est pas
Il faut qu'elle devienne ce qu'elle est
Il voudrait pouvoir exister pour de vrai
Il aimerait être plus qu'une simple impression
Elle rejette cette poitrine qui lui vient, l'étouffe
Elle sent que la maternité n'est pas dans sa nature
Il s'impose à elle
de se vivre
Il réclame son corps
Il n'accepte plus cette petite mort
Elle est mâle dans sa peau
lundi 24 août 2009
Plaidoyer pour une Union du Moyen Orient
Ankara a une autre carte à jouer si son désir d'Europe est frustré, se rapprocher de ses voisins du Moyen-Orient et œuvrer à la formulation d'un projet de partenariat régional calqué sur l'UE.
Début août, Tariq Ramadan écrivait dans The Guardian que la Turquie faisait partie intégrante de l'Europe et méritait d'entrer dans l'Union européenne. De mon point de vue, la Turquie est autant européenne qu'elle ne l'est pas. Cela concorde d'ailleurs avec ma théorie du “brassage des civilisations” [en anglais, “mash of civilisations”, jeu de mots avec le “clash of civilisations” théorisé par l'intellectuel américain Samuel Huntington]. Pourtant, le fait que la Turquie soit bien (au moins partiellement) européenne ne signifie pas pour autant qu'elle entrera dans l'UE. Et ce pour de nombreuses raisons. A commencer par la plus évidente : la religion et l'inépuisable question de la “culture”. L'UE est considérée par nombre de dirigeants et d'Européens – plus ou moins ouvertement – comme un club “chrétien”, une version laïcisée de l'ancienne chrétienté. Cela tend à expliquer pourquoi certains pays affichant de piètres résultats en matière de droits de l'homme, comme la Lituanie, ou aux performances économiques douteuses et à l'économie aux mains de spéculateurs et d'oligarques, telle la Lettonie, sont parvenus à en devenir membres. Cette conception éclaire aussi sans doute les raisons pour lesquelles la Grèce, “berceau” de la civilisation occidentale, fut autorisée à adhérer à ce qui était alors la CEE, la Communauté économique européenne, sans conditions préalables ni longue période de préadhésion. Son “retard économique” n'inquiétait pas outre mesure, pas plus que le conflit qui l'opposait à la Turquie et ses résultats peu brillants depuis lors ne font tiquer personne.
Les Turcs, furieux et déçus par l'Union
Cependant, ce serait une erreur de surestimer l'importance de l'identité musulmane de la Turquie. Comme dans tant d'autres cas, la religion, la civilisation et la culture ne servent que de prétextes pour cacher d'autres conflits d'intérêts plus terre-à-terre. D'abord, l'entrée de l'importante population rurale pauvre de la Turquie dans l'Union, malgré les progrès économiques considérables du pays ces dernières années, suscite d'authentiques inquiétudes, sans parler de la question kurde. De plus, la taille d'un pays compte beaucoup dans l'UE. Le poids démographique de la Turquie est tel qu'elle deviendrait l'un des plus grands pays membres, voire le plus grand, par sa population, ce qui lui donnerait automatiquement une place de choix autour de la table européenne, mettant à bas l'axe franco-allemand et menaçant le statut d'autres grands pays. De ce fait, la Bosnie-Herzégovine ou l'Albanie pourraient bien entrer dans le club avant la Turquie. C'est aussi en partie le poids démographique qui explique que l'Ukraine, malgré son empressement à adhérer et son identité chrétienne, ne se voie offrir que le lot de consolation d'un rapprochement.
Reste qu'il n'y a rien d'étonnant à ce que les Turcs, qui attendent aux portes de l'UE depuis plus d'un demi-siècle, soient furieux et déçus. Mais au lieu d'attendre éternellement, Ankara devrait saisir la chance qui s'offre à elle et tirer profit des efforts récents qu'elle a faits pour renforcer ses liens au Moyen-Orient. Depuis la chute de l'Empire ottoman au lendemain de la Première Guerre mondiale et la création par Mustafa Kemal de la république turque moderne et laïque, la Turquie a bel et bien rompu ses liens séculaires avec le Moyen-Orient. De leur côté, les Arabes lui ont également tourné le dos, marqués par le souvenir cuisant de plusieurs siècles d'asservissement et de l'intense turco-centrisme qui caractérisa les dernières années de l'empire ottoman, mais aussi par le rêve d'une indépendance arabe pleine et entière. Ce faisant, la région a perdu des atouts qui mériteraient d'être rebâtis sur des fondements modernes et plus justes : une stabilité relative, l'Etat de droit, la libre circulation au-delà des frontières, et un creuset de religions et d'ethnies dynamique. L'Union européenne est le regroupement volontaire d'une région qui n'a jamais connu l'unité que par les conquêtes d'hommes tels que Charlemagne et Napoléon ; pourquoi le Moyen-Orient ne pourrait-il pas devenir une union volontaire entre les territoires de l'ancien Empire ottoman et de leurs voisins désireux de les rejoindre, comme l'Iran, voire Israël lorsqu'elle aura fait la paix avec les Palestiniens ?
Reproduire l'exemple européen au Moyen-Orient
Il est incontestable que c'est un projet jalonné d'embûches conséquentes. Le Moyen-Orient, non content d'être l'une des régions les plus instables de la planète, est aussi d'une diversité formidable, tant au plan politique que culturel ou religieux. De mon point de vue, le meilleur vecteur d'unification est un pragmatisme nourri du sentiment d'une destinée commune forgée par des défis communs : l'insécurité et les conflits, la pauvreté, la poussée d'une jeunesse nombreuse, les pénuries d'eau, la domination étrangère, etc. L'Europe, elle, a fait ses premières avancées pragmatiques sur la voie de l'intégration avec la création par un noyau initial de six pays de la Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA). Dans son sillage, le Moyen-Orient pourrait faire ses premiers pas en se regroupant autour de ressources vitales pour l'avenir de la région, par exemple le pétrole et l'eau. Autre enjeu crucial dans cette partie explosive du monde, la sécurité. Un pacte de non-agression et de défense mutuelle liant les pays de la région est la condition sine qua non de la stabilité de demain, avec ou sans union formelle. Pour assurer la sécurité des hommes, des efforts doivent être faits pour créer un tribunal des droits de l'homme indépendant pour le Moyen-Orient.
Si nous gardons en mémoire les leçons de l'Histoire, il y a bien le risque que l'émergence d'un tel bloc soit vue comme une menace pour les “intérêts vitaux de l'Occident” et que ce dernier déploie soft power [“puissance douce”, par la séduction, la culture, le rayonnement] et hard power [“puissance dure”, moyens militaires et économiques] contre le projet. Mais la présence de la Turquie, puissance militaire à part entière, alliée indéfectible des Occidentaux et quasi-partenaire de l'UE, contribuerait à réduire ce risque. Certes, pour l'heure, cette vision d'un Moyen-Orient apaisé et intégré semble parfaitement fantasque. Mais qui aurait cru que l'Europe pourrait se relever des dévastations de deux guerres mondiales et abattre le Rideau de Fer pour instaurer la paix ?
Khaled Diab
dimanche 23 août 2009
Parla piu piano
Parle plus bas
Car on pourrait bien nous entendre
Le monde n'est pas prêt pour tes paroles tendres
Il dirait tout simplement que nous sommes fous
Parle plus bas mais parle encore
De l'amour fou de l'amour fort
Parle plus bas
Car on pourrait bien nous surprendre
Tu sais très bien
Qu'il ne voudrait jamais comprendre
Que dans nos coeurs moi j'ai trouvé
Ce que le monde refusait de nous donner
Parle plus bas mais parle encore
De l'amour fou de l'amour fort
Parle plus bas
Car on pourrait bien nous entendre
Tu sais très bien que nous pouvons rien attendre
De ceux qui ont fait des chansons
Sans un 'je t'aime' où l'amour rime avec raison
Dalida
samedi 8 août 2009
Mondialisation!
Géographie
De quels pays se connectent vos visiteurs pour accéder à ce blog ?
Note : Ces données sont limitées aux 100 derniers accès de ce blog.
| Pays | Visiteurs | % | ||
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France | 86 | 86 | |
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Irlande | 5 | 5 | |
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États-unis | 3 | 3 | |
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Belgique | 2 | 2 | |
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Suisse | 1 | 1 | |
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Suède | 1 | 1 | |
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Mali | 1 | 1 | |
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Norvège | 1 | 1 |
Faut vraiment m'expliquer des trucs!!
D'étrange posters d'Obama en Joker fleurissent à Los Angeles
De mystérieux posters de Barack Obama grimé en Joker ont été placardés à Los Angeles
L'affiche sème le trouble aux Etats-Unis. Placardée sur les murs de Los Angeles, elle représente Barack Obama grimé en Joker à la manière de Heath Ledger dans le dernier épisode de Batman. Pour l'instant, personne ne sait exactement d'où vient le poster et son étrange légende, "socialism".
Apparue pour la première fois en janvier sur le compte Flickr d'un certain khateeb88, l'image est reprise le 25 avril sur le site Bedlam Magazine, qui dénonce un détournement "raciste" et "provocateur". Depuis quelques jours, elle a gagné les rues de Los Angeles et Atlanta, et se répand massivement sur la Toile.
Des internautes ont même poussé le détournement jusqu'à superposer la voix de Heath Ledger à l'affiche.
Des T-shirts portant l'effigie sont déjà en vente. Mais si certains y voient une "guérilla artistique" contre la réforme du système de santé américain et le plan de relance du secteur automobile voulus par Obama, beaucoup s'interrogent sur le message envoyé par l'auteur. "Le Joker était plusieurs choses, mais certainement pas un socialiste, note Robert Dougherty sur Associated Content. Tous ceux qui ont vu The Dark Knight [Le Chevalier noir] le savent, (...) le Joker est un partisan de l'anarchie."
Cela n'a pas empêché la blogosphère anti-Obama d'en faire ses choux gras. Le site Free Republic conseille aux "Américains épris de liberté" de réimprimer l'image et de la diffuser massivement par courriel. "Il y en aura de plus en plus. Vous pouvez compter dessus. (...) Les moqueries commencent avec le désenchantement", se réjouit American Thinker.
Mais tout le monde ne partage pas cette hilarité. Un responsable de la politique urbaine de Los Angeles, Earl Ofari Hutchinson, estime sur KTLA que ces posters sont "malfaisants et dangereux". Il demande aux auteurs de se dénoncer. En attendant, le mystère reste complet.
Elise Barthet
Il était une fois deux sexes
Cela aurait pu être plus simple. Ou plus compliqué. Nous aurions pu n'en avoir qu'un seul, qui se serait suffi à lui-même. Ou trois, ou quatre. Ou un nombre variant selon les saisons. En mammifères que nous sommes, ce fut deux. Deux sexes. Féminin, masculin. L'un portant les enfants dans son ventre, l'autre lui donnant la semence sans laquelle rien ne pourrait germer. Cela fait des dizaines de millénaires que cela dure, que l'espèce humaine tente de se débrouiller avec cette dichotomie constitutive. Avec cette familière étrangeté. Avec ce semblable différent. D'une différence si essentielle à la vie qu'il a fallu convoquer tous les mythes, toutes les religions, pour tenter de lui donner sens.
Françoise Héritier, professeur honoraire d'anthropologie au Collège de France, fait partie des personnes qui ont le plus réfléchi à cette problématique. Au fil de ses recherches, elle a acquis une conviction : la différence anatomique et physiologique entre l'homme et la femme, apparue comme irréductible dès l'aube de l'humanité pensante, est à l'origine de notre système fondamental de pensée, qui fonctionne sur le principe de la dualité. "Chaud/froid, lourd/léger, actif/passif, haut/bas, fort/faible... Dans le monde entier, les systèmes conceptuels et langagiers sont fondés sur ces associations binaires, qui opposent des caractères concrets ou abstraits et sont toujours marquées du sceau du masculin ou du féminin", affirme-t-elle. Nous penserions peut-être autrement si nous n'étions soumis à cette forme particulière de procréation qu'est la reproduction sexuée.
"Alors Yahvé Dieu fit tomber un profond sommeil sur l'homme, qui s'endormit. Il prit une de ses côtes et referma la chair à sa place. Puis, de la côte qu'il avait tirée de l'homme, Yahvé Dieu façonna une femme et l'amena à l'homme." Ainsi naît dans la Genèse, bien distincte et dépendante de l'homme, la mère biblique de l'humanité. De la même manière, la mythologie grecque marque nettement le contraste entre masculin et féminin. La conception de l'homme - dans sa version la plus courante - est attribuée à Prométhée, qui le façonne avec de l'argile. Pandora, créée par Héphaïstos, viendra plus tard. Et tous deux, comme Adam et Eve, symboliseront à eux seuls le genre humain.
Ainsi s'établit dans toutes les civilisations fondées sur les religions du Livre un rapport immuable entre le sexe et le genre, selon lequel le sexe impose le genre.
"Dans cette logique, être né anatomiquement mâle nous oblige à jouer le rôle d'un homme, avec tous les attributs de la virilité que la société confère à un homme. Il en va de même, mutatis mutandis, pour les femmes. Et toute transgression de cet ordre sera vue comme un péché dans une optique religieuse, ou comme une pathologie dans une optique médicale", résume Marie-Elisabeth Handman, anthropologue à l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS, Paris). Ce n'est que très récemment, rappelle-t-elle, que sont apparues dans les sociétés occidentales, par le biais des mouvements gays, lesbiens ou de la pensée "queer" - qui se situe au-delà des genres -, des perturbations revendiquées de cette dichotomie. Et qu'on a bien voulu se souvenir qu'il existe depuis toujours d'autres sociétés, soutenues par d'autres mythes, dans lesquelles le genre ne va pas de soi.
Le premier à imposer ce constat fut l'anthropologue britannique Edward E. Evans-Pritchard. Avec prudence. "Il avait étudié au Soudan l'ethnie des Azandé, avant et pendant la seconde guerre mondiale. Mais il ne prit le risque de publier ses travaux qu'en 1970, après avoir pris sa retraite. Et encore : dans une revue américaine !", raconte Mme Handman. L'article est resté célèbre. Il relate que les guerriers Azandé, avant la colonisation européenne, avaient pour coutume d'épouser de jeunes garçons jusqu'à ce que la richesse acquise au cours de leurs razzias leur permît d'accéder à une femme. Le jeune garçon, appelé "ma femme" par son mari, rendait à celui-ci tous les services - y compris sexuels - que lui aurait rendus une compagne. Une fois que son mari le quittait pour s'unir à une femme, il pouvait à son tour épouser un jeune garçon, et ainsi de suite.
"Loin d'entraîner la confusion des genres tant redoutée par les missionnaires et les colonisateurs, le rôle social de femme endossé par un jeune garçon renforçait chez les Azandé la distinction entre hommes et femmes, poursuit-elle. A l'instar des éphèbes de la Grèce ancienne, les garçons apprenaient en effet leur rôle de futur guerrier tout en s'initiant à la sexualité. Ce qui contribuait à renforcer la division des sexes et la domination masculine." La pratique inverse s'observe dans plus d'une trentaine d'ethnies africaines, où certaines femmes, pour des raisons de stérilité ou de veuvage, prennent - cette fois de façon pérenne - une jeune épouse dont elles partagent les enfants. Ces femmes sont appelées "pères", jouissent de l'indépendance des hommes et du respect dû à un chef de famille.
L'autre exemple où le genre prend l'avantage relève de ce que l'on appelle le "troisième" sexe social. Ni hommes ni femmes, où les deux à la fois, ceux qui en sont investis sont souvent des chamanes. Ce sont les "two spirit people" : ceux qui ont deux âmes. Ils chevauchent les catégories binaires de sexe comme ils chevauchent la frontière entre le monde réel et l'"autre monde" : celui des esprits, des forces de la nature. Leur statut est parfois transitoire, et peut commencer à différents moments de la vie. Par une révélation chez les Hijra de l'Inde, lors d'initiations chez les Mahu des îles du Pacifique ou chez les "berdaches" amérindiens. Ou encore dès la naissance, comme chez les Inuits.
Dans la tradition de ce peuple du Grand Nord, un ancêtre indique aux futurs parents, par des rêves prémonitoires, qu'il souhaite revivre dans l'enfant à naître. Un garçon peut ainsi être la réincarnation de sa grand-mère, une fille celle de son grand-père. Durant toute son enfance, ce garçon est alors habillé, élevé, considéré comme une fille. Mais à la puberté, il est réintégré dans le genre correspondant à son sexe : il apprend à chasser et à pêcher, puis on le marie, de préférence avec une fille élevée comme un garçon. Bernard Saladin d'Anglure, professeur émérite d'anthropologie à l'université Laval (Québec) et grand spécialiste des Inuits, raconte que dans le village d'Igloolik, dans les années 1970, "environ 15 % des individus avaient ainsi été travestis d'une manière ou d'une autre". Aujourd'hui, ces croyances et coutumes sont en voie de disparition. Mais elles ont toujours cours, affirme-t-il, dans certaines familles.
Quelle que soit la porosité des passages d'un sexe à l'autre, une constante a pourtant traversé tous les millénaires, tous les continents et toutes les sociétés humaines : la domination de l'homme sur la femme. Le matriarcat primitif ? Un mythe, affirment les anthropologues. Mais un mythe universel. Qu'il provienne de peuples africains ou amérindiens, il raconte en effet toujours la même histoire, la même compréhension du monde : à l'aube des temps, les femmes détenaient tous les pouvoirs, domestiques comme politiques. Elles avaient inventé les outils, les armes, les objets rituels. Mais elles s'en servaient mal, de façon dangereuse. Créatives, mais désordonnées. Alors les hommes prirent les choses en main et rétablirent l'équilibre.
Pourquoi une telle constance dans cette hiérarchisation ? De longue date, et plus encore depuis les années 1970 et les conquêtes du féminisme, les études se sont multipliées pour tenter de comprendre comment est née et s'est installée cette inégalité fondamentale. Anthropologues, historiens, sociologues, psychologues, tous y sont allés de leur interprétation. Certaines sont complémentaires, d'autres radicalement opposées. Mais toutes sont contraintes à composer avec cette évidence, cette permanence biologique : ce sont les femmes qui portent les enfants et qui les mettent au monde. Pour avoir la main sur la procréation, les hommes eurent de tous temps besoin de s'approprier leur corps. Donc de les asservir.
Françoise Héritier va plus loin. Le fondement de l'inégalité entre les sexes, dit-elle, ce n'est pas que les femmes font les enfants : c'est qu'elles font des enfants des deux sexes. Qu'elles produisent du même, passe encore... Mais du différent ! Là, pour les hommes, aurait résidé le scandale. Et la parade. Car si les femmes font du différent, c'est que ce différent a été placé en elles... Ainsi, jusqu'au XVIIIe siècle et la découverte des gamètes (ovules et spermatozoïdes), le ventre féminin fut-il pour l'essentiel considéré comme un simple réceptacle destiné à recueillir la semence masculine.
La fameuse "petite graine" ? Tout le monde n'est pas d'accord avec cette conception essentialiste de l'inégalité entre les sexes. Pour certains, ce n'est pas la dichotomie physiologique entre hommes et femmes, mais l'exploitation économique qui fonde les catégories sociales de genre. Cette démarche antinaturaliste, qui affirme la primauté des rapports sociaux, n'explique toutefois pas l'universalité de la domination masculine. Une universalité que seule l'invention de la contraception a permis de rompre, en rendant aux femmes la liberté de leur fécondité. Ouvrant par là même, à l'un et à l'autre sexe, les chemins égalitaires de la séduction.
Catherine Vincent
in Lemonde.fr le 03 aout 2009















