mardi 7 juillet 2009
Piaf au musée?
La critique d’art à coups de bec
02.07.2009 | Mainichi Shimbun
Les pigeons sont capables de distinguer un dessin de qualité d’un dessin de mauvaise facture, conclut un professeur de psychologie expérimentale de l’université Keio, au Japon, dans une étude publiée début juin. “On pensait que la sensibilité artistique était une spécificité humaine, mais cette expérience montre que les pigeons, s’ils sont formés, peuvent faire le distinguo entre différents niveaux de qualité artistique, ce qui indique que les oiseaux possèdent des fonctions cognitives supérieures”, affirme l’universitaire.
Dans l’expérience de Shigeru Watanabe, des dessins d’enfants d’école primaire ont été montrés à 10 adultes. Ceux-ci ont donné l’appréciation “bien” aux dessins qui leur semblaient être tirés d’un livre ou d’une collection de photographies, ou dont le contenu était très facile à identifier. Ils ont en revanche évalué comme “mauvais” les dessins au tracé enfantin ou qui présentaient un contenu difficilement identifiable.
Les chercheurs ont ensuite présenté les œuvres sur un écran à quatre pigeons. Ceux-ci recevaient de la nourriture lorsqu’ils donnaient des coups de bec en réaction à un beau dessin, mais pas lorsqu’ils le faisaient en face d’un mauvais dessin. Au terme d’un mois d’une telle “formation”, les scientifiques ont montré aux volatiles une autre sélection d’images. Et les quatre compères n’ont donné de coups de bec que lorsqu’ils étaient en présence d’un beau dessin. On savait déjà que les pigeons étaient dotés d’une vue remarquable. De fait, en 1964, une expérience de l’université Harvard a permis de montrer qu’ils pouvaient distinguer les images où figurent des humains de celles qui n’en comportent pas. Et en 1995, en procédant selon la même méthode, Watanabe a même prouvé que les pigeons savaient faire la différence entre un Picasso et un Monet.
Et si on allait en voile intégral à la Gay Pride ?
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Et si on allait en voile intégral à la Gay Pride ?, par Caroline Fourest
LE MONDE | 26.06.09 | 15h17
Il s'appelle Vahid Kiani Motlagh. Il est iranien, gay, menacé d'être pendu dans son pays, mais la France s'apprête à le renvoyer chez lui. Il traversait notre pays pour rejoindre la Belgique, où il voulait se marier avec l'homme qu'il aime. Mais la France l'a arrêté, mis en centre de rétention et s'apprête à faire de lui l'un de ces numéros expulsés dont on tire un bilan politique satisfait.
En Iran, il se fera sans doute arrêter. Par des bassidji, des gardiens de la révolution ou de simples policiers. On l'accusera de viol et de "sodomie", et on le pendra. C'est la coutume dans un pays dont le président, Mahmoud Ahmadinejad, refuse de reconnaître qu'il existe des homosexuels... mais veut bien les tuer quand même. Un ennemi parmi les autres, les opposants politiques, les esprits libres, les journalistes, les femmes qui ne veulent pas se soumettre et porter le voile.
On le pendra comme on a tiré sur Neda, cette étudiante de 27 ans qui voulait simplement "plus de libertés". Pour éliminer toute opposition, toute résistance. Le voile de Neda, le sang qui coule sur ses yeux, la corde qui attend Vahid, ce sont les signes d'un monde en lutte. Pour l'émancipation.
Pendant ce temps, sur les trottoirs de France, des Samia ou des Marie-Christine ont choisi leur camp. Celui de la lutte contre l'émancipation. Elles prennent le voile intégral pour rester "pures", se protéger du monde extérieur (tous les autres). Elles ne comprennent pas que leurs grandes capes noires choquent. Elles, ce qui les choque, c'est le manque de pudeur, "tous ces pédés dans la rue" et ces "femmes qui ne se marient pas". Elles sont nées en France, sont allées à l'école, elles ne manquent ni d'éducation ni d'intégration. Elles sont françaises et elles ont choisi librement... l'aliénation. Pour faire plaisir à l'homme qu'elles aiment ou par fierté. Pour montrer qu'elles sont plus pieuses que les autres. Leur voile n'est dans aucun Coran. C'est un uniforme politique encouragé depuis l'Arabie saoudite. Il est censé être plus pudique. Avec lui, pourtant, on ne voit qu'elles. Elles le portent comme on entre dans une secte, avec la foi aveugle des convertis. Mais les groupes salafistes qui leur suggèrent ce choix, eux, sont dans une démarche politique. Comment ne pas s'interroger sur le message qu'ils envoient à travers le corps des femmes ?
Si nous vivions dans un monde où le Ku Klux Klan avait pris le pouvoir aux Etats-Unis et pendait des Noirs... que penserions-nous si des Français se mettaient à porter leur cagoule blanche pour faire leurs courses ? Le fait qu'ils soient consentants suffirait-il à nous rassurer ? Suffit-il de déguiser son sectarisme politique en religion pour que tout soit permis dans l'espace public ?
Ce sont toutes ces questions qui vont ressurgir à l'occasion du débat qui s'ouvre. Elles sont passionnelles. Et pourtant, il faudra mener celui-ci avec sang-froid. En s'écoutant. Les femmes portant le voile intégral diront leur vérité. Elles devront aussi entendre l'effet produit par leur choix en société. Chaque mot de travers sera guetté par les incendiaires pour propager soit le rejet de l'islam soit l'uniforme du martyr. Entre les deux, la Commission va devoir tâtonner. Peut-on convoquer la laïcité pour réglementer le port vestimentaire d'adultes dans la rue ? Au risque de lui rendre un bien mauvais service et d'amalgamer ce débat avec celui sur les signes religieux à l'école ? Peut-on invoquer la protection de la "dignité de la femme" ? Dans ce cas, il faudrait interdire tellement de choses sur la voie publique... Pourquoi ne pas se contenter d'exiger que tout le monde, sans exception, accepte de s'identifier pour des raisons de vivre-ensemble et de sécurité ? Faut-il renoncer à cette exigence pour ne pas ouvrir une brèche ? Le débat tranchera.
Mais ne nous y trompons pas. On ne fera pas changer d'avis Samia ou Marie-Christine. Par contre, on peut sauver Vahid. En lui accordant l'asile politique au lieu de l'expulser.
Article paru dans l'édition du 27.06.09.
dimanche 31 mai 2009
On ne naît pas homme
On ne naît pas homme
Une des phrases du XXe siècle aux conséquences les plus déplorables : "On ne naît pas femme, on le devient." Non certes parce qu'elle est fausse, mais parce qu'elle suggère que l'homme, lui, serait créé et non façonné. Idée aberrante que véhiculent mille autres perles beauvoiriennes moins souvent citées, ainsi : "La dispute durera tant que les hommes et les femmes ne se reconnaîtront pas comme des semblables, c'est-à-dire tant que se perpétuera la féminité en tant que telle."
Au contraire, les sociétés de tout temps s'acharnent à fabriquer justement des hommes - en contraignant les garçons, par la violence, les menaces et l'humiliation, à se différencier des filles. C'est tellement énorme qu'on ne le voit même pas : les hommes constituent, de par le monde, entre 90 % et 100 % des criminels, des pédophiles, des violeurs, des généraux, des chefs d'Etat et des grands leaders religieux.
En revanche, l'immense majorité des prostituées et toutes les mères sont des femmes. (On peut très bien être femme sans être mère ; l'inverse, en revanche, n'est pas - encore ? - possible.) Si l'on est convaincu (ce que je ne suis pas mais peu importe) que "l'instinct maternel" n'existe pas, pourquoi n'interroge-t-on jamais "l'instinct" qui pousse les hommes à faire la guerre ? De quelle stupéfiante indifférence ou résignation faisons-nous preuve à son égard ! De quel incompréhensible refus de s'étonner !
Pour ma part, j'aimerais bien savoir pourquoi la spécificité des hommes (c'est-à-dire des mâles de l'espèce humaine) semble être le massacre des innocents. Ce n'est pas l'espèce humaine qui fait ça, ce sont les phallophores, jeunes le plus souvent mais encouragés, excités, éperonnés par des vieux. Oui, il faut avoir un pénis et des testicules pour ainsi charcuter, violer, ouvrir le corps des autres à la machette, au poignard ou à l'épée, les déchiqueter à la mitraillette, les décapiter et jouer aux boules avec les têtes...
A toute époque surviennent les orgies sanglantes perpétrées par des mâles, non tous les mâles bien entendu mais eux seulement, alors que (si ce n'est dans Les Bacchantes où Euripide tente de fantasmer la chose) on n'a encore jamais vu une bande de femmes se livrer joyeusement au carnage, s'enivrer de sang, glisser dans le sang, éparpiller les intestins, piétiner les cervelles, bouffer à pleines mains la chair de leurs ennemis.
Hypothèse en pointillé : dès qu'un petit garçon comprend qu'il vient (que tout le monde vient) de l'intérieur d'un corps de femme, un corps donc différent du sien, il se met à construire et à détruire, à bricoler, à manier, à remanier et à tripatouiller, la petite fille ne fait pas cela. Les garçons ouvrent les poupées, les nounours et les voitures petites et grandes, ils ouvrent les fusils, jouets ou non, pour en comprendre le fonctionnement ; ils veulent pénétrer le mystère de la vie, des origines, comprendre d'où ils viennent, pourquoi ils sont là ; ils regardent de près, d'encore plus près ; plus tard, certains iront jusqu'à arracher le foetus du ventre de la femme enceinte et à en fracasser le crâne. Après le dépeçage du nounours, après le carnage, ils laissent derrière eux : non-sens, monceaux de chairs mortes qui ne veulent plus rien dire. Ils ont réussi à transformer le vivant en mort, en objet, en chose, en rien : puissance sidérante qui ne peut se comparer qu'à celle de mettre un enfant au monde.
Si les hommes ne savaient pas (comme par exemple les grands singes ne savent pas) qu'ils ont vécu dans le corps d'une femme et lui doivent la vie, ils ne feraient pas cela : c'est parce qu'ils se savent mortels que les hommes tuent. Les femmes semblent moins obsédées par la mort, et incapables de jouir en étant furieuses ; la colère n'est pas pour elles un stimulant sexuel et le danger ne déclenche pas chez elles un pic hormonal. Oui : le danger, la camaraderie virile, la proximité de la mort agissent sur les hommes comme un aphrodisiaque, pourquoi le dit-on si rarement ? Sur des millions d'années d'évolution, ce sont les mâles violents qui se sont imposés, tant dans la guerre que dans l'amour, et ont souvent fait de celui-ci la métaphore de celle-là.
Une femme peut tuer, certes, elle peut même débiter en morceaux le corps de quelqu'un qu'elle connaît bien, mais elle ne charcute jamais des inconnus. C'est une règle qui ne souffre pas d'exception. Ni les soldates russes pendant la seconde guerre mondiale ni les Israéliennes de Tsahal n'y apportent un démenti. Pourquoi ?
Si l'on en croit les théoriciennes de l'indifférence des sexes, c'est une simple question de temps et d'éducation. Les dames auront tôt fait d'exiger la parité dans toutes les chasses gardées des messieurs afin de rattraper ceux-ci. Elles seront alors vendeuses d'armes et de drogues, grandes criminelles et grandes patronnes, pornographes et footballeuses, pédophiles et chasseuses, évêquesses et imamesses, traderesses et mafiosas, académiciennes et boxeuses sumo, elles organiseront la traite de dizaines de milliers d'éphèbes des pays pauvres destinés au délassement sexuel des femmes d'affaires des pays riches. Encore un effort, les filles, si vous voulez être émancipées ! Les musulmanes se couvrent peut-être les cheveux, mais certaines théoriciennes de l'Occident se voilent les yeux, ce qui est bien pire ; elles refusent de voir ce qui crève les yeux de tout le monde, à savoir que les hommes et les femmes ce n'est pas pareil.
Alors ? "L'un est l'autre", vraiment ? L'un n'aurait vraiment rien à apprendre de l'autre, l'autre devrait se rapprocher toujours et exclusivement de l'un ? Réfléchissons, avant qu'il ne soit trop tard !
Nancy Huston
dimanche 25 janvier 2009
Changer de regard sur la filiation
Aujourd'hui je vous propose un article de Le Monde qui pose la question de la filiation, de l'anonymat et de la bioéthique. La question est intéressante, je vous laisse juger (maintenant je donnerais mon avis dans le socmmentaires sur ce type d'article).
Changer le regard sur la filiation
LE MONDE | 24.01.09 |
L'année 2009 sera une année de débat sur la bioéthique, puisque les lois de 2004 doivent être révisées en 2010. Parmi les principes fondateurs de bioéthique figure l'anonymat du don. Vous estimez que, en matière d'assistance médicale à la procréation, il faudrait revenir sur cet anonymat, afin que les enfants nés d'un don de sperme ou d'ovocyte puissent avoir un jour accès au nom du donneur. Pourquoi ?
Irène Théry : Quand j'ai commencé à réfléchir à cette question, il y a une dizaine d'années, je n'avais pas d'opinion arrêtée. Mon souci de sociologue a d'abord été de m'informer, d'écouter, de comprendre. Depuis 2001, je collabore régulièrement avec le Centre d'aide médicale à la procréation (AMP) de l'hôpital de la Conception à Marseille et je me suis impliquée dans les débats de bioéthique dans la région, puis au plan national.
J'ai été très frappée par l'évolution des médecins et des psychologues. Autrefois, ils étaient tous pour l'anonymat, mais aujourd'hui, ils sont de plus en plus nombreux à changer d'avis. J'ai également suivi de près les témoignages diffusés par des associations créées, entre autres, par des enfants nés grâce à des dons et qui, devenus de jeunes adultes, luttent pour l'accès à leurs origines. Est-il normal de bafouer le droit fondamental de toute personne d'avoir accès aux informations la concernant ? Et de le faire de surcroît sur une question dont nous ne mesurons même pas le prix, tant il nous paraît normal de pouvoir y répondre : à qui dois-je d'être né ?
Lorsque les premières lois de bioéthique ont été adoptées, en 1994, le principe de l'anonymat du don s'était vite imposé. Pourquoi ?
En 1994, on a légalisé sans trop se poser de questions une règle déontologique qui avait été établie en 1973, pour leur propre gouverne, par les centres d'étude et de conservation du sperme. Rétrospectivement, on voit que la pensée de l'époque pose deux grands problèmes. Premièrement, on a raisonné par assimilation pure et simple des dons de gamètes avec les dons de sang, qui sont anonymes. Mais un don d'engendrement est tout à fait spécifique ! Il engage non pas deux parties, mais bien trois : le donneur, le receveur et l'enfant né du don. On a "oublié" l'enfant... Deuxièmement, on a érigé en modèle universel le seul don qui existait à l'époque, le don de sperme, sans penser que ce modèle masculin s'appliquerait très mal, voire pas du tout, à des dons féminins.
En outre, on avait une idée bien traditionnelle de ce don masculin. Car sur quoi s'est-on calqué sans y réfléchir ? Sur une très ancienne conception matrimoniale de la paternité. Grâce à la présomption "pater is est quem nuptiae demonstrant" ("le père est celui que les noces désignent"), un couple marié peut, depuis des siècles, avoir recours aux services discrets d'un amant en cas de stérilité du mari et faire passer celui-ci pour le géniteur. Il peut paraître étrange que la tradition des secrets d'alcôve et des pieux mensonges ait permis ensuite d'organiser les dons en AMP sur la fiction du "il ne s'est rien passé".
C'est qu'à l'époque 95 % des couples pensaient ne jamais dire à leurs enfants qu'ils avaient eu recours à une AMP. Il se trouve que personne ne pense plus comme cela aujourd'hui. Pourquoi persister, dans ce cas, à "éliminer" le donneur ? L'implicite de notre modèle juridique actuel, c'est que ce donneur est par nature le rival du parent pour une même et unique place. C'est une figure aussi potentiellement dangereuse pour le parent que l'est l'enfant pour lui, le donneur. Chacun a peur de l'autre, et le droit entretient ces peurs.
Quels étaient les arguments des pays qui ont décidé d'autoriser les enfants nés d'un don de sperme ou d'ovocyte à connaître l'identité du donneur ?
Au plan du droit, la grande innovation des pays qui ont levé l'anonymat - la Suède, l'Autriche, la Norvège, l'Islande, les Pays-Bas, le Royaume-Uni, la Belgique, la Suisse - est d'avoir su échapper à l'alternative classique sur le "vrai" parent, opposant le parent dit "biologique" et le parent dit "psychologique". En France, bien des gens qui se croient très radicaux se sont laissé prendre au piège de cette vieille alternative, quitte à nous expliquer qu'on fait des enfants par la toute-puissance de la volonté, le corps n'étant qu'"un moyen parmi d'autres" ! Rien n'est plus faux que de prétendre que les jeunes gens qui réclament le droit aux origines veulent "biologiser" la filiation : ces enfants ne cessent de dire qu'ils ont des parents, qu'ils les aiment et ils ne les mettent nullement en cause. Mais beaucoup ne comprennent pas la nouveauté de leur discours, qui nous incite à passer du "ou" au "et". Ces pays européens qui ont levé l'anonymat l'ont fait en distinguant et en liant de façon très simple deux statuts complémentaires : celui de donneur d'engendrement et celui de parent par la filiation.
Dans un avis rendu en 2005, le Conseil consultatif national d'éthique s'opposait à la levée de l'anonymat en affirmant que "les gamètes ne sont pas les parents". Qu'en pensez-vous ?
Le Conseil n'a pas compris ce qu'ont fait les autres pays. Le donneur, par définition, n'est pas un parent puisque le sens de son acte a été de permettre à d'autres de le devenir. Cet acte de don encadré par l'institution médicale est une invention de notre temps et doit être compris ainsi. Il ne peut acquérir une signification sociale et une véritable valeur morale que si son auteur n'est pas réduit à l'anonymat réservé aux choses honteuses. Le parent par la filiation, par définition, c'est le receveur de ce don, et il n'y a pas besoin d'en passer par la fiction d'une pseudo-filiation charnelle pour assurer la plénitude de son lien à l'enfant en termes de droits et devoirs idéalement indissolubles.
Ce raisonnement peut-il être transposé à la question des mères porteuses, qui sera abordée lors de la révision des lois de bioéthique ? La gestation suppose bien sûr une implication plus forte qu'un don de sperme ou d'ovocyte, mais peut-on, selon vous, comparer le statut de la gestatrice à celui du donneur, en disant qu'ils participent tous deux à l'engendrement de l'enfant, mais qu'ils n'en sont pas les parents et qu'ils n'en auront ni les droits ni les devoirs ?
Pour moi, il ne fait pas de doute que la gestatrice fait un "don d'engendrement", comme la personne qui donne son sperme ou un ovocyte. C'est pourquoi les gens montent facilement aux arbres quand on évoque cette hypothèse dans le contexte de l'anonymat actuel. Comment inscrire quelque chose d'aussi important qu'une grossesse de neuf mois dans une logique où l'anonymat du don signifie en réalité : "il ne s'est rien passé" ?
Si on prenait les choses dans l'autre sens, en disant : "il s'est passé quelque chose", alors on pourrait envisager posément à quelles conditions des engendrements impliquant plus d'un homme et d'une femme peuvent être organisés. Si on décide d'aller en ce sens, ce qui me paraît être la sagesse, alors je pense en effet qu'il sera possible d'aborder dans un état d'esprit beaucoup plus ouvert des sujets tels que la gestation pour autrui. Le lien entre ces questions est si fort que personne n'imagine une gestation pour autrui anonyme, à part des cliniques ukrainiennes dont les publicités sur Internet nous font froid dans le dos...
Je pense aussi que des questions traitées aujourd'hui de façon trop passionnelle en France, tel l'accès des couples de même sexe à l'AMP, seraient vues autrement, car on comprendrait mieux le sens de l'homoparentalité en général. Il serait enfin évident que ces couples n'ont jamais cherché à dénier l'asymétrie et la complémentarité des sexes dans la procréation.
Vous estimez que ce débat sur l'anonymat du don met en lumière les profondes métamorphoses de la famille apparues, au cours des trente ou quarante dernières années, en France et dans les sociétés démocratiques développées. Pourquoi ?
Nous connaissons d'autres situations où il y a plus d'un homme et d'une femme dans la vie d'un enfant, comme les recompositions familiales après divorce ou les adoptions. Dans les années 1960 et 1970, dans ces cas si différents, on a donné la même réponse qu'à l'AMP avec don. Toutes ces familles ont dû en passer par un modèle "assimilationniste", autrement dit, mimer la famille dite normale au prix de dénis, de secrets, de mensonges. Le beau-parent était censé adopter l'enfant, lui donner son nom, se faire appeler papa ou maman. L'adoption était le plus souvent cachée à l'enfant, qui n'avait pas accès à son dossier et pouvait lire sur le livret de famille qu'il était "né de" ses parents adoptifs.
Ces situations ne sont pas semblables, naturellement, mais toutes posent le même problème : malgré des avancées très réelles, nous n'avons pas encore réussi à penser un droit de la filiation qui soit à la fois commun à tous et pluraliste. Commun à tous, parce que son rôle est d'assurer à tous les enfants l'intégration dans un même système de parenté qu'il nous appartient de savoir faire évoluer. Pluraliste parce que nous valorisons la diversité des trajectoires biographiques des individus, ce qui exige d'organiser une pluriparentalité ordonnée, sans confusion des places ni des responsabilités.
Dans un tel contexte, on comprend que lever l'anonymat, c'est bien plus qu'ôter un cache sur un nom : c'est apprendre à changer de regard sur la filiation contemporaine pour affronter les nouvelles responsabilités qu'elle nous confère sans oublier que ce que nous devons au minimum aux enfants découle de ces mots de la philosophe Hannah Arendt : "Répondre à la question qui, c'est raconter une histoire."
Irène Théry est directrice d'études à l'Ecole des hautes études en sciences sociales. Auteur de La Distinction de sexe (Odile Jacob, 2007)
dimanche 18 janvier 2009
Arnaque d'humour

Commandée à 27 artistes européens par la présidence tchèque de l'Union européenne (UE), l'œuvre devait représenter les stéréotypes et clichés des différents pays de l'UE. Le traitement dépasse toutes les attentes : la carte de France est couverte d'une banderole où l'on peut lire "Grève", les Pays-Bas inondés sont hérissés de minarets, l'Allemagne est zébrée d'autoroutes dont le tracé évoque la croix gammée, la Roumanie devient un parc d'attractions surmonté sur son portail d'un Dracula. "Le Luxembourg, où de nombreux Européens placent leurs économies est en or (ou plaqué) et il est "A vendre", écrit Gazeta Wyborcza. Le Royaume-Uni brille par son absence. [L'Italie est un terrain de football où les joueurs mettent le ballon devant leur sexe.] [L'Autriche est verte, sauf 4 cheminées de centrales nucléaires.] "Je crois à l'esprit libre de l'Europe qui saura apprécier ce projet", a déclaré le ministre des Affaires européennes tchèque Alexander Vondra. La Bulgarie, transformée en toilettes à la turque, a manifestement du mal à apprécier l'esprit d'Entropa : l'ambassadeur tchèque a été convoqué à Sofia, rapporte le quotidien Dnevnik. Cerise sur le gâteau, les 27 artistes n'en sont qu'un : le sculpteur tchèque David Cerny. L'artiste a présenté ses excuses au Premier ministre Mirek Topolanek pour avoir détourné l'esprit du projet, écrit l'hebdo pragois Respekt. Coût de l'œuvre louée jusqu'à juin, mystification comprise : 50 000 euros.
source : Courrier International
Moi je trouve ça très drôle!... Ya pas à dire!
Je cherche d'autres explications : quel ets le pays avec perceuse et tournevis allongé de la faucille et du marteau? Quel est celui où de smoines hissent le drapeaux LGBT? Et d'autres...





