R.E.V.E.

Rencontre Eperdue d'une Volupté Ephemere

jeudi 24 décembre 2009

Non au délit de blasphème?

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<< Tout n'est pas digne de respect dans une culture, ou une religion. Le respect aveugle relève d'une démarche fondée sur la foi, pas sur la raison. [...] Le principe d'équivalence fait perdre la notion du juste. Il constitue une dérive grave de la notion d'égalité. L'idée d'équivalence est paternaliste, elle fait comme si tout le monde "il est beau, il est gentil", pour ne pas faire en sorte que tout le monde soit moins inégal. >>

Le ras-le-bol d'une citoyenne laïque, féministe et athée, par Anne Zelensky LE MONDE | 21.12.09

Anne Zelensky est présidente de la Ligue du droit des femmes.

             

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mardi 8 septembre 2009

Franc-chement!

Non, non, les nouvelles pièces de 10 et de 25 euros ne sont pas en chocolat ! La Monnaie de Paris, établissement chargé de fabriquer les pièces et les billets les a frappées au printemps dernier. Les pièces de 10 et 25 euros sont produites en série limitée à 2,25 millions d'exemplaires. Et elles sont distribuées exclusivement dans certains bureaux de Poste.

Ces nouvelles pièces en métal précieux, si elles sont prisées des collectionneurs, n'en sont pas moins de l'argent avec lequel vous pouvez payer dans les magasins. Seulement voilà, les commerçants n'ayant pas entendu parler de cette nouvelle série, ils se montrent parfois soupçonneux.

in LeFigaro.fr

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lundi 24 août 2009

Plaidoyer pour une Union du Moyen Orient

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Ankara a une autre carte à jouer si son désir d'Europe est frustré, se rapprocher de ses voisins du Moyen-Orient et œuvrer à la formulation d'un projet de partenariat régional calqué sur l'UE.

Début août, Tariq Ramadan écrivait dans The Guardian que la Turquie faisait partie intégrante de l'Europe et méritait d'entrer dans l'Union européenne. De mon point de vue, la Turquie est autant européenne qu'elle ne l'est pas. Cela concorde d'ailleurs avec ma théorie du “brassage des civilisations” [en anglais, “mash of civilisations”, jeu de mots avec le “clash of civilisations” théorisé par l'intellectuel américain Samuel Huntington]. Pourtant, le fait que la Turquie soit bien (au moins partiellement) européenne ne signifie pas pour autant qu'elle entrera dans l'UE. Et ce pour de nombreuses raisons. A commencer par la plus évidente : la religion et l'inépuisable question de la “culture”. L'UE est considérée par nombre de dirigeants et d'Européens – plus ou moins ouvertement – comme un club “chrétien”, une version laïcisée de l'ancienne chrétienté. Cela tend à expliquer pourquoi certains pays affichant de piètres résultats en matière de droits de l'homme, comme la Lituanie, ou aux performances économiques douteuses et à l'économie aux mains de spéculateurs et d'oligarques, telle la Lettonie, sont parvenus à en devenir membres. Cette conception éclaire aussi sans doute les raisons pour lesquelles la Grèce, “berceau” de la civilisation occidentale, fut autorisée à adhérer à ce qui était alors la CEE, la Communauté économique européenne, sans conditions préalables ni longue période de préadhésion. Son “retard économique” n'inquiétait pas outre mesure, pas plus que le conflit qui l'opposait à la Turquie et ses résultats peu brillants depuis lors ne font tiquer personne.

Les Turcs, furieux et déçus par l'Union

Cependant, ce serait une erreur de surestimer l'importance de l'identité musulmane de la Turquie. Comme dans tant d'autres cas, la religion, la civilisation et la culture ne servent que de prétextes pour cacher d'autres conflits d'intérêts plus terre-à-terre. D'abord, l'entrée de l'importante population rurale pauvre de la Turquie dans l'Union, malgré les progrès économiques considérables du pays ces dernières années, suscite d'authentiques inquiétudes, sans parler de la question kurde. De plus, la taille d'un pays compte beaucoup dans l'UE. Le poids démographique de la Turquie est tel qu'elle deviendrait l'un des plus grands pays membres, voire le plus grand, par sa population, ce qui lui donnerait automatiquement une place de choix autour de la table européenne, mettant à bas l'axe franco-allemand et menaçant le statut d'autres grands pays. De ce fait, la Bosnie-Herzégovine ou l'Albanie pourraient bien entrer dans le club avant la Turquie. C'est aussi en partie le poids démographique qui explique que l'Ukraine, malgré son empressement à adhérer et son identité chrétienne, ne se voie offrir que le lot de consolation d'un rapprochement.

Reste qu'il n'y a rien d'étonnant à ce que les Turcs, qui attendent aux portes de l'UE depuis plus d'un demi-siècle, soient furieux et déçus. Mais au lieu d'attendre éternellement, Ankara devrait saisir la chance qui s'offre à elle et tirer profit des efforts récents qu'elle a faits pour renforcer ses liens au Moyen-Orient. Depuis la chute de l'Empire ottoman au lendemain de la Première Guerre mondiale et la création par Mustafa Kemal de la république turque moderne et laïque, la Turquie a bel et bien rompu ses liens séculaires avec le Moyen-Orient. De leur côté, les Arabes lui ont également tourné le dos, marqués par le souvenir cuisant de plusieurs siècles d'asservissement et de l'intense turco-centrisme qui caractérisa les dernières années de l'empire ottoman, mais aussi par le rêve d'une indépendance arabe pleine et entière. Ce faisant, la région a perdu des atouts qui mériteraient d'être rebâtis sur des fondements modernes et plus justes : une stabilité relative, l'Etat de droit, la libre circulation au-delà des frontières, et un creuset de religions et d'ethnies dynamique. L'Union européenne est le regroupement volontaire d'une région qui n'a jamais connu l'unité que par les conquêtes d'hommes tels que Charlemagne et Napoléon ; pourquoi le Moyen-Orient ne pourrait-il pas devenir une union volontaire entre les territoires de l'ancien Empire ottoman et de leurs voisins désireux de les rejoindre, comme l'Iran, voire Israël lorsqu'elle aura fait la paix avec les Palestiniens ?

Reproduire l'exemple européen au Moyen-Orient

Il est incontestable que c'est un projet jalonné d'embûches conséquentes. Le Moyen-Orient, non content d'être l'une des régions les plus instables de la planète, est aussi d'une diversité formidable, tant au plan politique que culturel ou religieux. De mon point de vue, le meilleur vecteur d'unification est un pragmatisme nourri du sentiment d'une destinée commune forgée par des défis communs : l'insécurité et les conflits, la pauvreté, la poussée d'une jeunesse nombreuse, les pénuries d'eau, la domination étrangère, etc. L'Europe, elle, a fait ses premières avancées pragmatiques sur la voie de l'intégration avec la création par un noyau initial de six pays de la Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA). Dans son sillage, le Moyen-Orient pourrait faire ses premiers pas en se regroupant autour de ressources vitales pour l'avenir de la région, par exemple le pétrole et l'eau. Autre enjeu crucial dans cette partie explosive du monde, la sécurité. Un pacte de non-agression et de défense mutuelle liant les pays de la région est la condition sine qua non de la stabilité de demain, avec ou sans union formelle. Pour assurer la sécurité des hommes, des efforts doivent être faits pour créer un tribunal des droits de l'homme indépendant pour le Moyen-Orient.

Si nous gardons en mémoire les leçons de l'Histoire, il y a bien le risque que l'émergence d'un tel bloc soit vue comme une menace pour les “intérêts vitaux de l'Occident” et que ce dernier déploie soft power [“puissance douce”, par la séduction, la culture, le rayonnement] et hard power [“puissance dure”, moyens militaires et économiques] contre le projet. Mais la présence de la Turquie, puissance militaire à part entière, alliée indéfectible des Occidentaux et quasi-partenaire de l'UE, contribuerait à réduire ce risque. Certes, pour l'heure, cette vision d'un Moyen-Orient apaisé et intégré semble parfaitement fantasque. Mais qui aurait cru que l'Europe pourrait se relever des dévastations de deux guerres mondiales et abattre le Rideau de Fer pour instaurer la paix ?

Khaled Diab

in  http://presseurop.eu/fr

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samedi 8 août 2009

D'étrange posters d'Obama en Joker fleurissent à Los Angeles

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De mystérieux posters de Barack Obama grimé en Joker ont été placardés à Los Angeles

L'affiche sème le trouble aux Etats-Unis. Placardée sur les murs de Los Angeles, elle représente Barack Obama grimé en Joker à la manière de Heath Ledger dans le dernier épisode de Batman. Pour l'instant, personne ne sait exactement d'où vient le poster et son étrange légende, "socialism".

Apparue pour la première fois en janvier sur le compte Flickr d'un certain khateeb88, l'image est reprise le 25 avril sur le site Bedlam Magazine, qui dénonce un détournement "raciste" et "provocateur". Depuis quelques jours, elle a gagné les rues de Los Angeles et Atlanta, et se répand massivement sur la Toile.

Des internautes ont même poussé le détournement jusqu'à superposer la voix de Heath Ledger à l'affiche.

Des T-shirts portant l'effigie sont déjà en vente. Mais si certains y voient une "guérilla artistique" contre la réforme du système de santé américain et le plan de relance du secteur automobile voulus par Obama, beaucoup s'interrogent sur le message envoyé par l'auteur. "Le Joker était plusieurs choses, mais certainement pas un socialiste, note Robert Dougherty sur Associated Content. Tous ceux qui ont vu The Dark Knight [Le Chevalier noir] le savent, (...) le Joker est un partisan de l'anarchie."

Cela n'a pas empêché la blogosphère anti-Obama d'en faire ses choux gras. Le site Free Republic conseille aux "Américains épris de liberté" de réimprimer l'image et de la diffuser massivement par courriel. "Il y en aura de plus en plus. Vous pouvez compter dessus. (...) Les moqueries commencent avec le désenchantement", se réjouit American Thinker.

Mais tout le monde ne partage pas cette hilarité. Un responsable de la politique urbaine de Los Angeles, Earl Ofari Hutchinson, estime sur KTLA que ces posters sont "malfaisants et dangereux". Il demande aux auteurs de se dénoncer. En attendant, le mystère reste complet.

Elise Barthet

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Il était une fois deux sexes

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Cela aurait pu être plus simple. Ou plus compliqué. Nous aurions pu n'en avoir qu'un seul, qui se serait suffi à lui-même. Ou trois, ou quatre. Ou un nombre variant selon les saisons. En mammifères que nous sommes, ce fut deux. Deux sexes. Féminin, masculin. L'un portant les enfants dans son ventre, l'autre lui donnant la semence sans laquelle rien ne pourrait germer. Cela fait des dizaines de millénaires que cela dure, que l'espèce humaine tente de se débrouiller avec cette dichotomie constitutive. Avec cette familière étrangeté. Avec ce semblable différent. D'une différence si essentielle à la vie qu'il a fallu convoquer tous les mythes, toutes les religions, pour tenter de lui donner sens.

Françoise Héritier, professeur honoraire d'anthropologie au Collège de France, fait partie des personnes qui ont le plus réfléchi à cette problématique. Au fil de ses recherches, elle a acquis une conviction : la différence anatomique et physiologique entre l'homme et la femme, apparue comme irréductible dès l'aube de l'humanité pensante, est à l'origine de notre système fondamental de pensée, qui fonctionne sur le principe de la dualité. "Chaud/froid, lourd/léger, actif/passif, haut/bas, fort/faible... Dans le monde entier, les systèmes conceptuels et langagiers sont fondés sur ces associations binaires, qui opposent des caractères concrets ou abstraits et sont toujours marquées du sceau du masculin ou du féminin", affirme-t-elle. Nous penserions peut-être autrement si nous n'étions soumis à cette forme particulière de procréation qu'est la reproduction sexuée.

"Alors Yahvé Dieu fit tomber un profond sommeil sur l'homme, qui s'endormit. Il prit une de ses côtes et referma la chair à sa place. Puis, de la côte qu'il avait tirée de l'homme, Yahvé Dieu façonna une femme et l'amena à l'homme." Ainsi naît dans la Genèse, bien distincte et dépendante de l'homme, la mère biblique de l'humanité. De la même manière, la mythologie grecque marque nettement le contraste entre masculin et féminin. La conception de l'homme - dans sa version la plus courante - est attribuée à Prométhée, qui le façonne avec de l'argile. Pandora, créée par Héphaïstos, viendra plus tard. Et tous deux, comme Adam et Eve, symboliseront à eux seuls le genre humain.

Ainsi s'établit dans toutes les civilisations fondées sur les religions du Livre un rapport immuable entre le sexe et le genre, selon lequel le sexe impose le genre.

"Dans cette logique, être né anatomiquement mâle nous oblige à jouer le rôle d'un homme, avec tous les attributs de la virilité que la société confère à un homme. Il en va de même, mutatis mutandis, pour les femmes. Et toute transgression de cet ordre sera vue comme un péché dans une optique religieuse, ou comme une pathologie dans une optique médicale", résume Marie-Elisabeth Handman, anthropologue à l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS, Paris). Ce n'est que très récemment, rappelle-t-elle, que sont apparues dans les sociétés occidentales, par le biais des mouvements gays, lesbiens ou de la pensée "queer" - qui se situe au-delà des genres -, des perturbations revendiquées de cette dichotomie. Et qu'on a bien voulu se souvenir qu'il existe depuis toujours d'autres sociétés, soutenues par d'autres mythes, dans lesquelles le genre ne va pas de soi.

Le premier à imposer ce constat fut l'anthropologue britannique Edward E. Evans-Pritchard. Avec prudence. "Il avait étudié au Soudan l'ethnie des Azandé, avant et pendant la seconde guerre mondiale. Mais il ne prit le risque de publier ses travaux qu'en 1970, après avoir pris sa retraite. Et encore : dans une revue américaine !", raconte Mme Handman. L'article est resté célèbre. Il relate que les guerriers Azandé, avant la colonisation européenne, avaient pour coutume d'épouser de jeunes garçons jusqu'à ce que la richesse acquise au cours de leurs razzias leur permît d'accéder à une femme. Le jeune garçon, appelé "ma femme" par son mari, rendait à celui-ci tous les services - y compris sexuels - que lui aurait rendus une compagne. Une fois que son mari le quittait pour s'unir à une femme, il pouvait à son tour épouser un jeune garçon, et ainsi de suite.

"Loin d'entraîner la confusion des genres tant redoutée par les missionnaires et les colonisateurs, le rôle social de femme endossé par un jeune garçon renforçait chez les Azandé la distinction entre hommes et femmes, poursuit-elle. A l'instar des éphèbes de la Grèce ancienne, les garçons apprenaient en effet leur rôle de futur guerrier tout en s'initiant à la sexualité. Ce qui contribuait à renforcer la division des sexes et la domination masculine." La pratique inverse s'observe dans plus d'une trentaine d'ethnies africaines, où certaines femmes, pour des raisons de stérilité ou de veuvage, prennent - cette fois de façon pérenne - une jeune épouse dont elles partagent les enfants. Ces femmes sont appelées "pères", jouissent de l'indépendance des hommes et du respect dû à un chef de famille.

L'autre exemple où le genre prend l'avantage relève de ce que l'on appelle le "troisième" sexe social. Ni hommes ni femmes, où les deux à la fois, ceux qui en sont investis sont souvent des chamanes. Ce sont les "two spirit people" : ceux qui ont deux âmes. Ils chevauchent les catégories binaires de sexe comme ils chevauchent la frontière entre le monde réel et l'"autre monde" : celui des esprits, des forces de la nature. Leur statut est parfois transitoire, et peut commencer à différents moments de la vie. Par une révélation chez les Hijra de l'Inde, lors d'initiations chez les Mahu des îles du Pacifique ou chez les "berdaches" amérindiens. Ou encore dès la naissance, comme chez les Inuits.

Dans la tradition de ce peuple du Grand Nord, un ancêtre indique aux futurs parents, par des rêves prémonitoires, qu'il souhaite revivre dans l'enfant à naître. Un garçon peut ainsi être la réincarnation de sa grand-mère, une fille celle de son grand-père. Durant toute son enfance, ce garçon est alors habillé, élevé, considéré comme une fille. Mais à la puberté, il est réintégré dans le genre correspondant à son sexe : il apprend à chasser et à pêcher, puis on le marie, de préférence avec une fille élevée comme un garçon. Bernard Saladin d'Anglure, professeur émérite d'anthropologie à l'université Laval (Québec) et grand spécialiste des Inuits, raconte que dans le village d'Igloolik, dans les années 1970, "environ 15 % des individus avaient ainsi été travestis d'une manière ou d'une autre". Aujourd'hui, ces croyances et coutumes sont en voie de disparition. Mais elles ont toujours cours, affirme-t-il, dans certaines familles.

Quelle que soit la porosité des passages d'un sexe à l'autre, une constante a pourtant traversé tous les millénaires, tous les continents et toutes les sociétés humaines : la domination de l'homme sur la femme. Le matriarcat primitif ? Un mythe, affirment les anthropologues. Mais un mythe universel. Qu'il provienne de peuples africains ou amérindiens, il raconte en effet toujours la même histoire, la même compréhension du monde : à l'aube des temps, les femmes détenaient tous les pouvoirs, domestiques comme politiques. Elles avaient inventé les outils, les armes, les objets rituels. Mais elles s'en servaient mal, de façon dangereuse. Créatives, mais désordonnées. Alors les hommes prirent les choses en main et rétablirent l'équilibre.

Pourquoi une telle constance dans cette hiérarchisation ? De longue date, et plus encore depuis les années 1970 et les conquêtes du féminisme, les études se sont multipliées pour tenter de comprendre comment est née et s'est installée cette inégalité fondamentale. Anthropologues, historiens, sociologues, psychologues, tous y sont allés de leur interprétation. Certaines sont complémentaires, d'autres radicalement opposées. Mais toutes sont contraintes à composer avec cette évidence, cette permanence biologique : ce sont les femmes qui portent les enfants et qui les mettent au monde. Pour avoir la main sur la procréation, les hommes eurent de tous temps besoin de s'approprier leur corps. Donc de les asservir.

Françoise Héritier va plus loin. Le fondement de l'inégalité entre les sexes, dit-elle, ce n'est pas que les femmes font les enfants : c'est qu'elles font des enfants des deux sexes. Qu'elles produisent du même, passe encore... Mais du différent ! Là, pour les hommes, aurait résidé le scandale. Et la parade. Car si les femmes font du différent, c'est que ce différent a été placé en elles... Ainsi, jusqu'au XVIIIe siècle et la découverte des gamètes (ovules et spermatozoïdes), le ventre féminin fut-il pour l'essentiel considéré comme un simple réceptacle destiné à recueillir la semence masculine.

La fameuse "petite graine" ? Tout le monde n'est pas d'accord avec cette conception essentialiste de l'inégalité entre les sexes. Pour certains, ce n'est pas la dichotomie physiologique entre hommes et femmes, mais l'exploitation économique qui fonde les catégories sociales de genre. Cette démarche antinaturaliste, qui affirme la primauté des rapports sociaux, n'explique toutefois pas l'universalité de la domination masculine. Une universalité que seule l'invention de la contraception a permis de rompre, en rendant aux femmes la liberté de leur fécondité. Ouvrant par là même, à l'un et à l'autre sexe, les chemins égalitaires de la séduction.

Catherine Vincent 

in Lemonde.fr le 03 aout 2009

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mercredi 15 juillet 2009

La lutte continuera

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Le candidat à la présidentielle iranienne, Mir Hossein Moussavi, va lancer prochainement un "Front politique". Ce mouvement a reçu le soutien indirect du frère de l'ancien présidentAkbar Hachémi Rafsandjani."Les conditions politiques et sociales pour la création d'un Front existent car les gens qui ont voté pour Moussavi forment une force immense, membres pour la plupart de l'élite des universitaires et des étudiants", a déclaré Mohammad Hachémi, d'après le quotidien gouvernemental Iran.
Cette annonce survient alors que tous les yeux sont tournés vers l'ancien président Rafsandjani, qui doit mener la prière du vendredi à Téhéran, pour la première fois depuis cinquante jours. M. Rafsandjani, qui avait indirectement soutenu M. Moussavi, dirige le Conseil de discernement et l'Assemblée des experts, deux institutions-clés du régime islamique.
Plusieurs journaux conservateurs mettent en garde contre l'utilisation de la prière à des fins politiques, mais nombre des partisans de M. Moussavi semblent décidés à y participer pour faire une démonstration de force. Certains sites Internet affirment même que M. Moussavi et l'ancien président réformateur Mohammad Khatami y seront également présents. Après plusieurs jours d'absence, M. Moussavi a fait une première apparition publique mardi soir, se rendant avec son épouse au domicile de la famille de Sohrab Arabi, un jeune homme de 19 ans tué lors des événements qui ont suivi la présidentielle du 12 juin.
Un responsable conservateur, Hamid Reza Taraghi, conditionne l'autorisation de ce "Front politique" à la reconnaissance par M. Moussavi de la "légitimité" du président Ahmadinejad. Mais d'autres responsables et journaux conservateurs et ultra-conservateurs affirment que M. Moussavi n'est pas "compétent" pour créer une formation politique. Ainsi, le quotidien ultra-conservateur Javan dénonce à sa "une" "le nouveau jeu du triangle maléfique", mettant en cause des plaintes pour désinformation déposées au nom de M. Moussavi ainsi que par M. Khatami etMehdi Hachémi, le fils de l'ex-président.


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Barroso or not Barroso?

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L’eurodéputé Daniel Cohn-Bendit (Europe Ecologie) juge que José Manuel Barroso serait mieux à la présidence de l'Union européenne, fonction prévue par le traité de Lisbonne, qu'à celle de la Commission, où il sollicite un nouveau mandat. "Il est vraisemblable que le traité de Lisbonne sera ratifié", déclare Daniel Cohn-Bendit sur Europe 1. Il prévoit "un poste de président de l'Union, qui représente les gouvernements". "Comme M. Barroso est le chouchou préféré des gouvernements, il peut être le président de l'Union, et ça nous permettra de rouvrir le débat de manière plus intéressante sur le président de la Commission", a poursuivi l'élu écologiste, farouche opposant à un nouveau mandat de M. Barroso. Pour présider la Commission européenne, il a cité l'Irlandaise Mary Robinson, ancienne responsable de l'ONU pour les droits de l'homme, l'ex-ministre écologiste des affaires étrangères allemand Joschka Fischer, le président du Parti socialiste européen, Poul Nyrup Rasmussen, l'ancien premier ministre belge Guy Verhofstadt ou l'ex-commissaire européen aux relations extérieures, le Britannique Chris Patten.

from LeMonde.fr

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mercredi 4 mars 2009

Homo-beau-parent ?

  • Voici une compilation de trois articles issus de Le Monde qui traitent d'un débat de société "à la mode" : le "beau-parent". Ici le sujet est abordé sous l'angle de l'homoparentalité... Vers un véritable changement? Il y a de quoi espérer pour une fois... Et merde, on peut plus demander son avis à Dolto...

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  • Dans son discours du 13 janvier sur la politique familiale, le chef de l'Etat, Nicolas Sarkozy, annonçait la création d'un statut pour donner aux beaux-parents une existence juridique. Selon une information de L'Express, parue sur le site de l'hebdomadaire lundi 2 mars, l'avant-projet de loi – qui doit être déposé au Parlement d'ici à la fin mars – "relatif à l'autorité parentale et aux droits des tiers reconnaît les familles homoparentales". Le texte évoque la situation des enfants qui vivent "dans un foyer composé de deux adultes du même sexe".

    Cette information est confirmée par le cabinet de la secrétaire d'Etat à la famille, Nadine Morano, qui souligne que le texte n'est "pas sexualisé" et "concerne toutes les familles", précisant que le nouveau statut s'adresse plus généralement aux "adultes autres que les parents biologiques".

    Une première en France. C'est la première fois que la famille homoparentale est reconnue dans un avant-projet de texte de loi. Selon Le Figaro du 3 mars, pour la secrétaire d'Etat à la famille, "il s'agit simplement de 'mieux prendre en compte l'intérêt de l'enfant' et de 'faciliter l'organisation des actes de la vie usuelle pour ceux qui s'en occupent', qu'ils soient hétéros ou non".

    Christine Boutin sceptique. La ministre du logement, Christine Boutin, qui pourfend le statut de beau-parent, avait réagi au lendemain du discours du président de la République, déclarant notamment que "l'éclatement des familles et des repères pour les enfants ne doivent pas être accentués". Elle a réitéré, lundi, ses mises en garde : "Si l'on met sur le même pied, dit-elle au Figaro, le parent biologique et le parent non biologique, on ouvre la porte à l'homoparentalité." L'Union nationale des associations familiales craint, quant à elle, "une perte de la responsabilité" pour les parents, selon Le Figaro.

    Les associations LGBT espèrent. "Face aux associations familiales, d'un côté, et aux organisations de parents homosexuels, notre objectif était d'aboutir à un texte consensuel dans lequel les uns et les autres se retrouvent", explique un conseiller de Mme Morano sur le site de L'Express. L'Inter-LGBT  (Interassociative lesbienne, gaie, bi et trans) espère que "grâce à ce texte, les tribunaux donnent plus facilement une délégation d'autorité parentale aux couples du même sexe".

    1,6 million d'enfants.
    La question du rôle des beaux-parents se pose depuis que divorces et recompositions familiales se banalisent. Selon les derniers chiffres de l'Insee (1999), plus de 1,6 million d'enfants vivent dans une famille recomposée. Par ailleurs, 30 000 enfants vivraient en familles homoparentales.

    Aujourd'hui, hormis l'adoption simple ou la délégation de l'autorité parentale, le beau-parent n'a aucun droit sur l'enfant du conjoint, même s'il s'est investi pendant des années dans son éducation, avait noté la défenseure des enfants, Dominique Versini, dans son rapport sur le "statut du tiers" en novembre 2006.

  • Pour Emmanuel Gratton, auteur de L'Homoparentalité au masculin, plusieurs points du projet de loi sur les beaux-parents ont besoin d'être précisés pour savoir si ce statut sera utile aux couples homoparentaux.

    Le statut de beau-parent sera-t-il adapté aux couples homoparentaux ?

    Le problème est que le fond du texte n'est pas encore connu. Le statut du beau-parent ne se pose pas de la même façon selon la configuration parentale dont on parle. S'il s'agit d'une de recomposition familiale et que l'un des parents vit une situation homoconjugale après un divorce, on peut en effet parler de beau-parent pour son conjoint, au même titre que pour les familles recomposées hétéro. Pour les situations de coparentalité [où les enfants vivent avec les conjoints de leurs parents biologiques dès la naissance], se faire appeler beau-père ou belle-mère n'est plus forcément adapté. Le terme de beau-parent travestit le sens de ces familles.

    Mais ce statut ne serait-il pas, au moins, un progrès juridique pour ces couples ?

    En effet, d'un point de vue juridique, si cette réforme permet aux coparents d'acquérir certains droits, cela me semble une avancée plutôt intéressante. Pour l'instant, il y a parfois une désignation symbolique de parrain et de marraine, mais sans aucune reconnaissance juridique.

    Mais il y a un paradoxe : si ce statut peut être une avancé sur le plan de la reconnaissance des droits, il maintient une séparation par rapport au modèle classique père-mère-enfant. Il témoigne de la résistance du modèle bioconjugal qui veut que l'on reconnaisse absolument les géniteurs comme les parents. Les autres personnes gardant toujours un statut différent.

    Ce statut pourrait-il être utile aux couples homoparentaux qui ont eu recours à une insémination artificielle anonyme, donc sans coparent ?

    Dans ces cas-là, je ne vois pas très bien pourquoi on devrait dire qu'il y a un père et un beau-père ou une mère et une belle-mère. On brouille les cartes. Les homosexuels revendiquent en tout cas les mêmes droits que les parents hétérosexuels. Là encore, il faudra voir dans quelle situation le statut de beau-parent sera applicable.

  • Christine Boutin, qui avait bataillé avec ferveur contre le pacte civil de solidarité il y a dix ans, vient de lancer une offensive contre le projet de statut des beaux-parents, qui doit être présenté courant mars en conseil des ministres par la secrétaire d'Etat à la famille, Nadine Morano. "Je n'accepterai pas que l'on reconnaisse l'homoparentalité et l'adoption par les couples homosexuels de façon détournée", a déclaré, mardi 3 mars, la ministre du logement.

    Mme Boutin fait allusion au projet de loi sur l'autorité parentale et les droits des tiers, en cours d'examen au Conseil d'Etat, qui met en musique l'une des promesses de campagne de Nicolas Sarkozy. Ce texte ne modifie en rien les règles de la filiation, mais il offre des droits aux "tiers qui ont résidé avec l'enfant et l'un de ses parents, et avec lesquels il a noué des liens affectifs étroits". Les beaux-parents des familles recomposées et les parents "sociaux" des familles homoparentales pourront ainsi faire homologuer par le juge une convention de partage de l'autorité parentale.

    Pour Mme Morano, ce texte adapte le droit à une société qui a profondément changé : sur 17 millions d'enfants, 1,6 million (9,4 %) vivent dans une famille recomposée et 2,4 millions (14 %) dans un foyer monoparental. L'INED estime que l'homoparentalité concerne 30 000 enfants ; l'Association des parents gays et lesbiens les évalue à plus de 300 000.

    Aujourd'hui, beaucoup de couples homosexuels souhaitent avoir des enfants. Les couples de femmes ont recours à des inséminations artificielles réalisées en Belgique ou aux Pays-Bas et les couples d'hommes - plus rarement - à la gestation pour autrui à l'étranger. D'autres inventent des "coparentalités" à quatre - un couple d'hommes, un couple de femmes -, ou adoptent à l'étranger en tant que célibataires.

    "PREMIER PAS"

    Quelle que soit la configuration, l'un des parents bénéficie pleinement des droits attachés à la filiation alors qu'aux yeux de la loi l'autre reste un étranger pour l'enfant. Ce parent "social" ne peut adopter l'enfant : en 2007, la Cour de cassation a estimé qu'une adoption simple au sein d'un couple d'homosexuels serait "contraire à l'intérêt de l'enfant".

    Les couples se tournent donc vers la délégation d'autorité parentale. Créée en 2002 par Ségolène Royal, cette mesure ne crée pas de lien de filiation, mais elle autorise un "tiers, membre de la famille, proche digne de confiance", à accomplir les actes de la vie quotidienne. La Cour de cassation a précisé en 2006 que l'homosexualité n'interdisait en rien cette pratique, mais les juges continuent à se montrer réticents.

    Le projet de loi devrait faciliter cette procédure en remplaçant les requêtes soumises à l'appréciation des juges par de simples homologations. L'Inter-LGBT (lesbienne, gay, bi et trans) salue ce "premier pas" mais regrette que le texte n'autorise pas l'adoption. "Seule l'inscription dans la loi de l'égalité pleine et entière entre les couples homosexuels et hétérosexuels mettrait fin aux difficultés juridiques vécues par les familles homoparentales", souligne-t-elle.

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mercredi 18 février 2009

Fesse-de-bouc

Voici un petit article de Le Monde sur "fesse-de-bouc"... très intéressant! Cela me fortifie dans ma décision d'avoir déconnecté mon compte...

Facebook

<< Une récente modification des conditions d'usage du site Facebook crée des remous parmi ses utilisateurs. Facebook posséderait tous les droits sur les contenus mis en ligne par les utilisateurs, et ce de manière perpétuelle.

"Vous accordez à Facebook le droit irrévocable, perpétuel, non-exclusif, transférable et mondial (avec l’autorisation d’accorder une sous-licence) d’utiliser, copier, publier, diffuser, stocker, exécuter, transmettre, scanner, modifier, éditer, traduire, adapter, redistribuer n’importe quel contenu déposé sur le site." Cette phrase des conditions d'utilisation de Facebook semble signifier que le site s'arroge tous les droits sur les contenus déposés par les utilisateurs. Mais, jusqu'à présent, l'utilisateur pouvait reprendre les droits sur sa production grâce à la mention "votre contenu d’utilisateur peut être effacé du site à n’importe quel moment. Si vous l’effacez, le droit accordé à Facebook évoqué précédemment expirera automatiquement, mais notez que l’entreprise peut en conserver des copies archivées". Le 4 février, cette mention a été supprimée. Fermer définitivement un compte n'empêche plus Facebook de conserver et d'utiliser ce que vous y avez laissé.

Le problème touche à plusieurs aspects du droit: droits d'auteur et droit moral d'un côté, vie privée et notion de droit à l'oubli de l'autre. "Prenez garde à ne jamais mettre en ligne des choses que vous pensez vouloir abandonner. Elles appartiennent désormais à Facebook", prévient ainsi Chris Walters du site The Consumerist. "Vous avez posté une photo de vous, à Ibiza (elles étaient chouettes ces vacances !). Facebook décide qu’elles iraient très bien pour un site de rencontres adultérines, hop ils peuvent la vendre. Je vous laisse le soin d’expliquer à vos enfants le pourquoi du comment", s'alarme le blog Chronique d'une geekette.

Vu sous cette angle, l'information a de quoi faire peur. Aussi le jeune patron de Facebook, Mark Zuckerberg, s'est-il fendu d'une réponse se voulant rassurante : "Nous ne souhaitons pas utiliser vos données personnelles d’une façon qui ne serait pas acceptable pour vous. La confiance dans notre réseau afin de partager des informations est l’aspect le plus important de notre travail." Selon certains avocats, Facebook est d'ailleurs relativement pragmatique dans sa manière de gérer les conflits et retire assez facilement les contenus litigieux. Une mise au point qui ne suffit pas à dissiper les craintes : Facebook ne cache pas son envie d'utiliser les informations personnelles de ses utilisateurs à des fins publicitaires.

CONDITIONS ILLÉGALES

A l'Union des photographes créateurs (UPC), fédération qui défend les droits des photographes et très attachée au droit d'auteur, on n'est pas surpris. "C'est la nouvelle mode. Les grands groupes passent leur temps à essayer de piétiner les droits d'auteur et le droit moral", explique Jorge Alvarez, responsable du service juridique de l'organisation. L'UPC s'occupe des photographes professionnels mais fait remarquer que dans tous les cas, le droit moral sur une œuvre est inaliénable, de même que céder ses droits sans restriction n'est pas possible en droit français. En clair, les conditions d'utilisation de Facebook sont illégales en France.

De plus, fait remarquer Me Agnès Tricoire, spécialiste de la propriété intellectuelle, "toute cession de droit doit se faire de manière éclairée et œuvre par œuvre". En clair, les conditions d'utilisation de Facebook sont abusives depuis bien longtemps, et la dernière modification n'est qu'une entorse de plus.

CONTESTABLE MAIS APPLICABLE

"C'est une véritable guerre économique qu'ils mènent", ajoute Jorge Alvarez. En droit américain, de telles conditions sont légales. C'est le contrat qui fait droit et les firmes états-uniennes cherchent à mondialiser cette vision plus pratique pour elles que le protecteur cadre législatif français. Une guerre sur le contrôle des normes assez proche de celle que Google Books mène contre l'industrie de l'édition. Au cœur de la bataille du droit d'auteur : le contrôle des contenus créés par les utilisateurs.

Le problème, c'est que toutes illégales et abusives qu'elles puissent être, ces conditions s'appliquent tant qu'aucun juge n'a statué. "Il faut qu'un juge se penche sur ces conditions d'utilisation", estime Me Tricoire, également membre de la Ligue des droits de l'homme. Mais il n'est pas certain que ce dernier donne raison à l'utilisateur qui accepte en connaissance de cause de céder ses droits pour un préjudice qui est parfois difficile à évaluer. La réponse se situe donc ailleurs, dans la modification des conditions d'utilisation, car en l'état, l'utilisateur n'a pas le choix : soit il accepte et signe ces conditions soit il doit renoncer à utiliser Facebook.

Antonin Sabot

Publié sur http://www.lemonde.fr/technologies/article/2009/02/17/les-conditions-d-utilisation-de-facebook-sont-elles-illegales_1156455_651865.html#ens_id=1151201>>

Petite précision, pour une information juste, depuis, Fesse-de-bouc est revenu aux conditions d'utilisations précédentes jusqu'à ce qu'un nouveau texte "plus clair" soit instauré.

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mercredi 14 janvier 2009

Rêves pour 2009

JUAN GOYTISOLO •  Mes rêves pour 2009
Figure majeure de la littérature espagnole, Juan Goytisolo est l’auteur d’une quarantaine de romans, essais et récits autobiographiques, traduits en français pour la plupart. Né en 1931 à Barcelone, il quitte l’Espagne en 1956, pour s’installer d’abord à Paris, puis à Marrakech.

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J’ai rêvé que, dans une opération fulgurante d’Interpol, on procédait à l’arrestation de tous les pères Noël postés devant les grands magasins du monde entier, en tant que suspects de génocide et de nettoyage ethnique, comme le Serbe de Bosnie Karadzic, actuellement bouclé dans sa confortable prison néerlandaise.

Que la communauté internationale inscrivait sur sa liste des terroristes les plus recherchés de la planète les croupiers des casinos et les joueurs de bonneteau de Wall Street pour avoir causé un effondrement aux effets plus épouvantables que l’écroulement spectaculaire des tours jumelles.

Qu’à la fin de son mandat, l’actuel locataire de la ­Maison-Blanche annonçait son enrôlement volontaire comme simple soldat pour ­servir la patrie en Irak.

Qu’une puissante holding irakienne inondait le marché de millions de chaussures, chaussons, babouches et tongs en vue d’un grand concours international de tir sur cible.

Que Bush et Ben Laden s’échangeaient régulièrement par des voies mystérieuses la transcription de leurs écoutes du verbe divin, comme le prouvaient les documents en possession de la CIA ayant fuité dans la presse.

Que les djihadistes prompts à sacrifier leur vie et celle des autres affluaient en masse chez les coiffeurs pour se faire raser et poser tout fiers pour des publicités L’Oréal.
Que les faucons du Pentagone se recyclaient dans la musique et entraient en scène avec une nouvelle version de la célèbre chanson Guantanamera.

Qu’au programme des masters de gestion figuraient des cours d’ingénierie financière et de création de structures pyramidales dispensés par des disciples de Bernard Madoff et autres magnats futés.

Que, décidé à suivre la voie du Christ et non celle d’Armani, Sa Sainteté Benoît renonçait aux mitres, carrosses, palliums et autres ornements et allait se promener place Saint-Pierre couvert d’un sac reprisé et chaussé d’humbles sandales, au risque de se faire arrêter par les hallebardiers de sa propre garde.

Que Leurs Majestés d’ici, de là et d’ailleurs recevaient, à l’occasion de la nouvelle année, une délégation choisie de sniffeurs, mendiants et clochards des rues de la capitale et les décoraient de cravates Prada ou Dolce & Gabbana.

Que le fruit de l’idylle démentie entre l’ex-chef du gouvernement espagnol José María Aznar et la ministre Rachida Dati serait la prochaine réincarnation du dalaï-lama.

Que les Cours suprêmes de Californie et d’autres Etats américains et européens refusaient pour des raisons éthiques la légalisation du mariage entre personnes de sexe opposé.
Qu’était célébrée au Vatican la première grand-messe gay en présence de tous les prélats qui venaient de faire leur coming-out.

Que les coupables de violences machistes couraient à poil sur la Gran Vía [grande artère de Madrid] tandis que des groupes de féministes en liesse leur chauffaient les fesses avec des branches épineuses et des tiges d’ortie.

Que les saintes femmes d’Afghanistan enlevaient leurs burqas et les faisaient endosser aux talibans et aux chefs tribaux afin de préserver leur pudeur virile et s’éviter à elles-mêmes les tentations de la chair.

Que, pour des raisons hu­manitaires et répondant aux pressions de la communauté internationale, on suspendait la traditionnelle lapidation des hommes adultères ordonnée par les Conseils des anciennes et des sages de la région qui s’étend de la péninsule Arabique à l’Inde et au Pakistan.

Que, grâce à l’intervention de la Vierge noire de ­Montserrat, les Africains rattrapaient tout d’un coup le niveau de vie de l’Europe et des Etats-Unis.
Que les sauveurs de patrie et dictateurs à vie de l’univers entier démissionnaient pour commettre des vers.

Que les dirigeants de l’Autorité palestinienne et du Hamas laissaient vivre en paix les pauvres Israéliens soumis quotidiennement à d’humiliants contrôles, bouclés derrière des murs et des barbelés et pilonnés par leur aviation et leur artillerie.

Que les croisières de luxe en Méditerranée prévoyaient une escale à Gaza pour jouer au golf et en faisaient, grâce aux splendeurs de ses ruines toutes fraîches, la destination favorite des beautiful people.

Que, que, que…
Je laisse au lecteur le soin de poursuivre lui-même ce rêve sans fin.
Juan Goytisolo
El País

Ce texte figure en premiere page de Courrier international de la semaine passée... j'ai eu un coup de foudre en le lisant! Alors j'espère que vous aussi il vous interpellera, et vous secouera!

Posté par lequatre à 22:12 - Editos ou chroniques de presse - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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