dimanche 29 novembre 2009
Métropolitain (suite et fin)
Je
pose mon regard dans le vide, pour réfléchir. Je suis interrompu par le
freinage du train.
Le wagon s'arrête brusquement. Les portes s'ouvrent. Des gens descendent
prestement, d'autres montent. Nous repartons.
Je n'ai même pas vu le nom de cette station. De toute façon je ne devrais pas
arriver à ma destination avant quatre ou cinq arrêts.
Je reprends ma réflexion.
Je crois deviner qu'il cherche à faire des rencontres. Je pense qu'il aime
regarder mais surtout être regardé. Je pense que ses yeux se promènent pour en
attirer d'autres. Et je dois avouer qu'il possède une certaine force
d'attraction.
J'ai soudain l'impression que quelqu'un m'observe. A la limite de mon champ de
vision se trouve l'homme aux yeux verts. Sa tête est tournée vers moi. C'est
donc lui qui me regarde à nouveau. Je m'interdis de répondre à son appel
visuel, par pudeur là encore. Je sais que si nos
yeux se croisent a nouveau, ils ne se quitteront plus.
Accepter
son regard en somme ce serait accepter ce qu'il contient. Je sais ce qu'il
contient car le mien est empli du même mélange de curiosité et de désir. Et je
ne suis pas encore tout à fait sûr de vouloir les satisfaire.
Ce
n’est pas la première fois que je me retrouve dans une telle situation. Mais la
plupart du temps je me décide assez vite. En fait la plupart du temps je
réprime ce mélange explosif. Au final je crois que j’aime cette frustration de
léger remords qui me prend lorsque je descends du wagon les yeux pétillants,
sans espoir de laisser vivre cette minuscule passion éphémère. Malgré tout je
cède parfois et je retrouve l’homme que j’ai croisé dans un autre lieu, plus
approprié à assouvir notre désir impulsif. Je préfère rencontrer des
métropolitains que traîner dans les saunas, là encore par pudeur je pense.
Je
garde la tête détournée jusqu'à ce que je ne sente plus son regard pose sur
moi. La prochaine station sera la mienne.
Nul
autre passager ne semble avoir remarqué notre échange.
Je
sens qu’il a cessé de me contempler. Et je devine qu’il a posé son regard dans
le vide, m’invitant à le dévisager à ma guise. Il ne veut pas m’intimider par
trop d’insistance. J’ai vu juste, je n’ai qu’à tourner légèrement la tête pour
me rendre qu’en effet il s’est détourné de façon à laisser un joli profil face
à moi.
Il
joue le même jeu que moi, c’est certain. Ma phase de réflexion était elle aussi
destinée à le laisser m’observer. Malgré toute ma timidité, j’aime sentir sur
moi un regard intéressé. Apparemment, lui aussi. Mes premiers coups d’œil ne
m’avaient pas trompé, il a un physique vraiment agréable. Je m’attache
particulièrement à son visage. Outre ses yeux verts et ses cheveux légèrement
en bataille, j’apprécie la courbe de son menton. Ainsi que sa barbe de deux
jours, qu’il entretient puisque son cou est rasé de plus près que ses joues.
Son tee-shirt laisse deviner un torse aux formes peu marquées qui pourtant
dessinent un joli profil.
Le train s'arrête. Je me rapproche de la porte. Celle-ci s'ouvre. Au moment de la franchir je jette un dernier coup d’oeil vers l'homme aux yeux verts. Il me regarde et nos yeux se croisent. Nous esquissons tous deux un sourire gêné. La foule me presse à descendre. Les passagers s’appuient contre moi. J'hésite un bref instant puis je pose mon pied sur le quai de la station.
J’ai
la certitude que demain il veillera à prendre le métro à la même heure qu’aujourd’hui.
C’est comme ça que ça fonctionne. J’y serai, si je ne croise pas un homme plus
attirant encore d’ici là.
Métropolitain
J'agrippe à une main la barre verticale. Les portes
se referment.
Lorsque le wagon s'ébranlera je vais perdre l'équilibre. J'assurerai ma prise
avec ma main libre et ferai un petit pas en avant pour me rétablir. J'aime cet
instant de flottement. Cet arrêt dans le temps où l'avenir devient incertain,
alors que le réflexe de survie prend le pas sur le contrôle de soi.
Le métro replonge dans ses galeries souterraines. Je vis ma seconde d'éternité.
Autour de moi, une cinquantaine de personnes occupent le wagon. Il n'est pas
bondé, bien que plusieurs d'entre nous soient obligés de rester debout.
Certains usagers lisent un livre ou le journal du jour. D'autres préfèrent
s'isoler du monde en plaçant un casque sur leurs oreilles. Moi, j'observe ce
microcosme. Pour quelques minutes, nous sommes obligés de cohabiter dans
quelques mètres carrés. Les attitudes de chacun me fascinent.
Je promène mon regard sur mes voisins. Je dévisage leur costume, leur coiffure,
je traque le moindre signe extérieur trahissant l'appartenance à quelque groupe
que ce soit. On pourrait croire que j'espionne mais il n'en est rien. Les
informations que je récolte, ou que je crois récolter, ne me sont d'aucune
utilité. De plus je ne les conserve pas. Je sais que le soir venu je serai incapable
de décrire ce que j'ai observé avec tant de soin le matin.
Je porte une attention toute particulière au regard de mes voisins. Où leurs
yeux se portent-ils? Comment occupent-ils leur vue?
Pour les lecteurs c'est facile, bien qu'ils relèvent parfois la tête. Les
mélomanes quant à eux perdent le plus souvent leur regard dans le vide, ou
alors ferment les yeux. Mais pour les autres, c’est différent.
Cet homme au costume clair, le crâne dégarni, par exemple, s’absorbe dans la
contemplation d'une affiche publicitaire. Il ne s’y intéresse pas vraiment. Il
s’occupe, c’est tout. La femme au manteau rouge assise près de lui regarde ses
pieds comme si les chaussures qu’elle porte aujourd’hui se révélaient
plastiquement intéressantes. Une jeune fille avec un sac a dos noir est assise
non loin d'eux. J'ai l'impression qu'elle cherche au plafond les cameras de
sécurité. Elle ne doit pas savoir que ces boules noires que l’on prend pour des
détecteurs de fumée en sont, puisqu’elle passe dessus sans y prêter attention.
Tiens, je capte un regard. Cela arrive de temps en temps. Mes yeux croisent
ceux d’un autre, qui lui aussi observait ce petit monde. Une fraction de
seconde. Rien de plus. Et nous reprenons notre occupation individuelle. Ces
yeux verts étaient ceux d’un homme. Les cheveux bruns, courts, pas vraiment
coiffés. Mignon.
Je continue à poser mon regard sur chaque usager. La femme aux chaussures
presque intéressantes a relevé la tête et l’a tournée vers la vitre. Comme
beaucoup, elle s’abandonne maintenant dans la contemplation des lumières qui
défilent à intervalle régulier, seul repère extérieur qui nous rattache au
monde souterrain que nous traversons.
Je ne résiste pas longtemps à l’envie de revenir sur cet homme aux yeux verts.
Au moment même où je pose a nouveau mon regard sur lui, il fait de même. Pour
la deuxième fois, nos yeux se croisent. Je capte une petite étincelle au fond
de ses yeux, la même qu’il a du percevoir au fond des miens. Nous ne nous
contentons pas de nous voir, nous nous regardons. Assez vite pourtant, je
détourne les yeux. Par pudeur.
mardi 25 août 2009
Sans ailes
Elle donne l'impression d'être mal dans sa peau
Elle est perdue dans elle-même, elle n'y est pas
Il faut qu'elle devienne ce qu'elle est
Il voudrait pouvoir exister pour de vrai
Il aimerait être plus qu'une simple impression
Elle rejette cette poitrine qui lui vient, l'étouffe
Elle sent que la maternité n'est pas dans sa nature
Il s'impose à elle
de se vivre
Il réclame son corps
Il n'accepte plus cette petite mort
Elle est mâle dans sa peau
jeudi 25 juin 2009
A toi
C'est comme marcher sur le bord du trottoir quand tu es à moitié bourré : tu peux te ramasser à chque pas et tu es complètement dans ton effort. Mais si tu y arrives, tu cries fort à tout le monde que tu l'as fait! Reste à savoir jusqu'à où je peux rester sur le trottoir.
La nuit tombe sur le monde. Son manteau percé d'étoiles recouvre tout. Les êtres s'endorment. Le voile sombre étouffe les points de vie. Les bruits cessent et le silence domine pour un temps. Seul un battement régulier se perpétue. Fort, très fort, il sonne comme un gong. Il résonne dans tous les coeurs, trouve un écho en chacun. Mais ce battement n'est destiné qu'à un seul. Mon âme à l'unisson attend. Elle veille. Elle espère. Le battement se fait toujours plus présent alors que les heures passent, appel passioné.
L'horizon s'éclaircit et la lune s'enfuit. L'aube renaît, belle. Elle apporte son éclat et sa joie. Je bats toujours, à mesure que le soupir s'estompe. La rosée dépose ses baisers sur moi. Le bruissement de l'été éclôt en tous lieux. Les tons se mêlent. Chaque couleur s'éveille à son tour pour magnifier le matin. Echo lointain, faible et fragile, je te perçois. Mon souffle te réchauffe, aimant. Ton coeur bleui réponds a mon appel. Tu peux t'avancer, caressé par le vent. Ose approcher, m'apprivoiser. Sans cesse.
dimanche 31 mai 2009
Rainbow
Ta conscience aime le rouge. Rouge de luttes et de poing tendu. Un beau rouge, teinté du sang des hommes. Couleur de vie, d’explosion et de révolution.
Ta mémoire se souvient de l’orange. Orange de voyage et d’amitié. Un orange ensoleillé, teinté d’idiome castillan. Couleur de Valence, juteuse et savoureuse.
Ton corps s’orne de jaune. Jaune de lumière et de crinière. Un jaune blond, teinté du foin d’août. Couleur d’or, de joie et des rois.
Ton âme vit en vert. Vert des prés et des pensées. Un vert éclatant, teinté de l’espoir triomphant. Couleur de nature, de paradis et d’académie.
Ton visage s’éclaire de bleu. Bleu de pluie et de minuit. Un bleu voluptueux, teinté d’Europe. Couleur d’océan, héritée et d’éternité.
Ton esprit se cajole en violet. Violet de méditation et de réflexion. Un violet réfléchi, teinté de philosophie. Couleur noble, d’initiation et d’adoration.
Et ton cœur les prend toutes, ces couleurs. Un arc-en-ciel au quotidien. Un chemin de vie, un pont d’amis. Etole paix, il t’a choisi. Et ton cœur en vit.
lundi 27 avril 2009
Au delà des nuages
Environ 4000 mètres au-dessus du sol. D'où je me trouve je vois la partie supérieure des nuages. Ils ont la couleur du lait. Au coeur de cette mer immaculée je vois poindre une cime teintée de brun. Puis une autre. Au fur et à mesure que je m'élève je me rends compte de la teneur du combat auquel j'assiste. Des vagues toutes d'écume figée montent à l'assaut des îlots rocheux qui montrent l'audace de s'élever au plus haut. Des langues neigeuses ont déjà recouvert nombre de ces monts.
Et moi je contemple ce spectacle, émerveillé par la beauté du paysage qui s'offre à ma vue. Plus mon altitude augmente, plus cette bataille me semble lointaine. Je me trouve maintenant bien au-dessus des cimes et des vagues. Je m'élève tant que ceci m'apparaît bien insignifiant désormais. Je rencontre, éperdu, une volupté éphémère à la pensée d'avoir vaincu monts et nuages.
Maintenant l'horizon sépare l'océan laiteux sur lequel je vogue d'une voûte au bleu limpide. Mon coeur touche le ciel dans son immensité divine.
texte maladroit, pas très bien écrit, et qui transmet mal l'émotion connue à ce moment précis dans mon ascension avionale... Tant pis...
Alter et faux
J'avais un sourire joueur sur cette photo. Le bonheur des vacances et de la plage se lisaient sur mes traits. Le cadre lui était sobre, en parfaite communion avec le linteau de la cheminée. Depuis quelques années déjà ma figure enfantine accueillait les visiteurs dans le salon et ma joie de vivre les mettait toujours de bonne humeur.
Cet autre moi a volé jusqu'à la corbeille il y a quelques minutes. Sans ta main dans la mienne, je crois bien que j'aurais intercepté sa chute inexorable. Je n'en suis même pas sûr en fait, tellement la voix de mon père me pétrifiait. Il criait, il pestait et en appelait à tous les dieux connus et inconnus.
Mes parents me croyaient prisonnier d'une plaque de verre, identique à leurs rêves. Ils m'imaginaient dans dix ans, conforme à leurs espérances.
Mais le petit garçon a grandi, suivant sa voie. Le petit garçon s'est compris, et aujourd'hui l'homme connaît la vie. Et il veut vivre en accord avec sa nature profonde. L'homme est venu demandé à ses parents de l'accepter tel qu'il est.
Cela fait des mois que j'avais du mal à soutenir mon propre regard en passant devant la cheminée, supporter le poids des espoirs parentaux. J'avais besoin de venir leur parler de moi, de nous, sans plus me défiler à chaque question gênante.
Cette photographie était celle de leur fils, pas celle du rebut de la société qui se présente devant eux la main dans celle d'un homme.
mercredi 18 mars 2009
Explosion
Lorsqu'une fleur éclate
En mille pétales multicolores
Mon coeur choisi les bleus
Pour les adorer en secret
Lorsque la vie se fait moins plate
Se pare d'argent, et d'or
L'amour de mes voeux
Sait se faire discret
Alors que gronde l'ouragan
Mes désirs flamboyants
Découvre une lune
Qui leur sourit
Sans hésiter j'aspire
A ce que nos vie
Ne fasse plus qu'une
A moins d'en rire...
lundi 16 mars 2009
Terra incognita
Dès la première étreinte
Je pourrai te diriger
Sans crainte
Te prendre la main
Pour t'accompagner
Sur le chemin
Pour moi aussi
Ce sera une découverte
Pour toi aussi
ce sera une question ouverte
Sur la voie nouvelle
De l'oubli
La vie
se fera plus belle
A pas feutrés
A pas de loup
Sans se presser
Mystérieusement
Je n'ai pas peur
De l'ouragan ou du redoux
Qui vient frapper à ma porte
Amoureusement
Chaque être que le coeur
Aime de la sorte
S'épanouit
Ou s'évanouit
samedi 14 mars 2009
Sera el primero...
Ce sera le premier
Au détour d'un instant
Au coin d'un regard
Furtif ou fougueux
Maladif ou langoureux
Le rêve sort maintenant
Se dévoila dans l'art
Si ton corps s'accroche au mien
Si ton coeur s'approche du mien
Nos souffles s'uniront
Etonnés, de s'embrasser
Etonnés, de recommencer
Nos esprits s'égareront
Les amis après les coeurs
La foule après les chers
Auront vent de la tempête
Faite de désir et de chairs
De nouvelles saveurs
Le long de la crête
Ce pourrait être l'ultime
Ou simple, ou sublime
Ce sera notre baiser










