samedi 12 septembre 2009
L'Hôtel
La mer veille. Le coq dort.
La rue meurt de la mer. Île faite en corps noirs.
Fenêtres sur la rue meurent de jalousies.
La chambre avec balcon sans volets sur la mer
Voit les fenêtres sur la mer,
Voile et feux naître sur la mer.
Le balcon donne sur la mer.
La chambre avec balcon s'envolait sur la mer.
Dans la rue les rats de boue meurent
(le 14 que j'eus y est)
Sur la mer les rameurs debout.
La fenêtre devant hait celles des rues ;
Sel de vent, aisselles des rues,
Aux bals du quatorze juillet.
Jean Cocteau
in Opéra
jeudi 10 septembre 2009
Faction
On a décidé de faire la nuit
Pour une petite étoile problématique
A-t-on le droit de faire la nuit
Nuit sur le monde et sur notre cœur
Pour une étincelle
Luira-t-elle
Dans le ciel immense désert
On a décidé de faire la nuit
pour sa part
De lâcher la nuit sur la terre
Quand on sait ce que c’est
Quelle bête c’est
Quand on a connu quel désert
Elle fait à nos yeux sur son passage
On a décidé de lâcher la nuit sur la terre
Quand on sait ce que c’est
Et de prendre sa faction solitaire
Pour une étoile
encore qui n’est pas sûre
Qui sera peut-être une étoile filante
Ou bien le faux éclair d’une illusion
Dans la caverne que creusent en nous
Nos avides prunelles.
Hector de Saint-Denys Garneau
Voilà, pour fêter la 150ème note de ce REVE, je vous offre un superbe poème découvert par pur hasard dans "Anthologie de la poésie française du XXe siècle" chez Gallimard en 1983. C'est une mine d'or, à bientôt pour de nouvelles découvertes!
mercredi 9 septembre 2009
Le théâtre de la cruauté
par Antonin Artaud
"Le théâtre contemporain est en décadence parce qu'il a rompu avec l'esprit d'anarchie profonde qui est à la base de toute poésie. La poésie est anarchique dans la mesure où elle remet en cause toutes les relations d'objet à objet et des formes avec leurs significations. Elle est anarchique aussi dans la mesure où son apparition est la conséquence d'un désordre qui nous rapproche du chaos."
Artaud tente de transformer profondément le théâtre en proposant le "Théâtre de la Cruauté" en 1938.
Il ne reconnaît plus le Théâtre dans les spectacles dramatiques. Pour
lui le théâtre psychologique n'est que la transposition sur scène d'œuvres littéraires. Rien à voir avec le Théâtre.
"Que les poètes morts laissent la place aux autres"
"Ce qui a été dit n'est plus à dire ; une expression ne vit pas deux
fois ; toute parole prononcée est morte et n'agit qu'au moment où elle
est prononcée."
Pour lui te Théâtre doit être un spectacle total, submergeant le spectateur d'émotions et de sensations. Il veut supprimer l'espace scénique, ou plutôt l'étendre à toute la salle. Des cris, des lumières. De la musique, des couleurs. Des images et des sons. Il veut briser la suprématie du langage articulé. Le spectateur doit être plongé dans une transe, une émotion primitive.
"L'acteur est un athlète affectif."
"Il ne s'agit pas de supprimer la parole articulée, mais de donner aux mots à peu près l'importance qu'ils ont dans les rêves."
lundi 7 septembre 2009
Un Corbeau devant moi croasse
Un Corbeau devant moi croasse,
Une ombre offusque mes regards,
Deux belettes et deux renards
Traversent l'endroit où je passe :
Les pieds faillent à mon cheval,
Mon laquais tombe du haut mal,
J'entends craqueter le tonnerre,
Un esprit se présente à moi,
J'ois Charon qui m'appelle à soi,
Je vois le centre de la terre.
Ce ruisseau remonte en sa source,
Un bœuf gravit sur un clocher,
Le sang coule de ce rocher,
Un aspic s'accouple d'une ourse,
Sur le haut d'une vieille tour
Un serpent déchire un vautour,
Le feu brûle dedans la glace,
Le Soleil est devenu noir,
Je vois la Lune qui va choir,
Cet arbre est sorti de sa place.
- Théophile de VIAU
(1590-1626), poète français libertin
Extrait de Œuvres Poétiques, 1621-26
mardi 1 septembre 2009
Litanie contre la peur
« I must not fear. Fear is the mind-killer. Fear is the little-death that brings total obliteration.
I will face my fear. I will permit it to pass over me and through me. And when it has gone past I will turn the inner eye to see its path. Where the fear has gone there will be nothing. Only I will remain.»
"Je ne connaîtrai pas la peur, car la peur tue l'esprit. La peur est la petite mort qui conduit a l'oblitération totale. J'affronterai ma peur. Je lui permettrai de passer sur moi, au travers de moi. Et lorsqu'elle sera passée, je tournerai mon oeil intérieur sur son chemin. Et là où elle sera passée, il ne restera plus rien. Rien que moi."
F. Herbert in Dune
dimanche 23 août 2009
Parla piu piano
Parle plus bas
Car on pourrait bien nous entendre
Le monde n'est pas prêt pour tes paroles tendres
Il dirait tout simplement que nous sommes fous
Parle plus bas mais parle encore
De l'amour fou de l'amour fort
Parle plus bas
Car on pourrait bien nous surprendre
Tu sais très bien
Qu'il ne voudrait jamais comprendre
Que dans nos coeurs moi j'ai trouvé
Ce que le monde refusait de nous donner
Parle plus bas mais parle encore
De l'amour fou de l'amour fort
Parle plus bas
Car on pourrait bien nous entendre
Tu sais très bien que nous pouvons rien attendre
De ceux qui ont fait des chansons
Sans un 'je t'aime' où l'amour rime avec raison
Dalida
vendredi 26 juin 2009
Vdm
"Aujourd'hui, simulation de catch avec mon meilleur ami dans ma chambre. Un heure plus tard, la soif nous fait ressortir transpirants et torses nus. je m'exclame alors : "Tu m'as fait mal aujourd'hui!"... devant mon père qui s'est imaginé tout autre chose. VDM"
extrait de Vie De merde : http://www.viedemerde.fr
samedi 16 mai 2009
Jamais je ne pourrai
Claude Roy (1915-1997)
Bolivie. Alvaro Ybarra Zavala. www.agencevu.com
Jamais jamais je ne pourrai dormir tranquille aussi longtemps
que d'autres n'auront pas le sommeil et l'abri
ni jamais vivre de bon coeur tant qu'il faudra que d'autres
meurent qui ne savent pas pourquoi
J'ai mal au coeur mal à la terre mal au présent
Le poète n'est pas celui qui dit Je n'y suis pour personne
Le poète dit J'y suis pour tout le monde
Ne frappez pas avant d'entrer
Vous êtes déjà là
Qui vous frappe me frappe
J'en vois de toutes les couleurs
J'y suis pour tout le monde
Pour ceux qui meurent parce que les juifs il faut les tuer
pour ceux qui meurent parce que les jaunes cette race-là c'est
fait pour être exterminé
pour ceux qui saignent parce que ces gens-là ça ne comprend que la trique
pour ceux qui triment parce que les pauvres c'est fait pour travailler
pour ceux qui pleurent parce que s'ils ont des yeux eh bien c'est pour pleurer
pour ceux qui meurent parce que les rouges ne sont pas de bons Français
pour ceux qui paient les pots cassés du Profit et du mépris des hommes
"Les Circonstances", Poésies, Gallimard, 1970
dimanche 8 mars 2009
En circulant dans mon corps
EN CIRCULANT DANS MON CORPS
En ce temps-là, la peur que je ne connaissais plus depuis dix ans, la peur à nouveau me commanda. D’un mal sourd d’abord, mais qui, quand il vient, vient comme l’éclair, comme le souffle qui désagrège les édifices, la peur m’occupa.
Ma peur songeant à ma main qui dans un avenir proche devrait se figer, cet avenir à l’instant fut ; et ma main se figea, ne pouvant plus retenir un objet. Ma peur pensant la nécrose des extrémités, aussitôt mes pieds se glacèrent, et la vie les quittant, se trouvèrent comme tronçonnés de mon corps. Un barrage catégorique m’en tenait désormais éloigné. Déjà j’abandonnais ces mottes qui seulement pour peu de temps encore devaient s’appeler mes pieds, me promettant des douleurs terribles, avant de s’en aller, et après, étant partis…
Ma peur ensuite, allant à ma tête, en moins de deux, un mal fulgurant me sabra le crâne et s’en suivit une défaillance telle que j’eusse recul’ devant l’effort pour retrouver mon nom.
Ainsi je circulais en angoisse dans mon corps affolé, excitant des chocs, des arrêts, des plaintes. J’éveillai les reins, et ils eurent mal. Je réveillai le côlon, il pinça; le cœur, il dégaina. Je me dévêtais la nuit, et dans les tremblements j’inspectais ma peau, dans l’attente du mal qui allait la crever.
Un chatouillement froid m’alertait tantôt ici, tantôt là, un chatouillement froid é toutes les zones de moi.
La guerre venait de finir, et je cessais de me remparer, quand la peur qui n’attend qu’un soulagement pour paraître, la peur entra en moi en tempête et dès lors ma guerre commença.
Henri Michaux, La vie dans les plis
vendredi 6 mars 2009
La certitude du voyage
C'est avec raison que je résiste
Les quelques centimètres de trop
Refoulent la réalité rêvée
De deux garçons au bouche à bouche
Les rires alentours sonnent faux
Devant le désir écarté
Après une tendre touche
Carnaval pour tous me profite bien
Sous les apparences se cache un rien
Une pulsion embarrassante
Envie envahissante
C'est avec passion que je cède
Pour une fois, j'ai composé ça à partir d'une image (celle présentée... elle est belle non?), et non l'inverse...
Ca fait du bien de se remettre à écrire!











